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    November 05

    Portrait de voyageur (32)

     

    Une voiture à compartiments. ça m'évoque toujours les vieux films en noir et blanc et les romans d'Agatha Christie...

     

    Compartiment à huit places. Un homme, côté fenêtre, avec une console de jeu dans les mains. Assis dans le sens de la marche.

    Une femme rentre, s'asseoit, sur la même rangée de sièges. Côté couloir à l'autre bout.

    Deux hommes entrent, en grande discussion. L'un habillé façon col-blanc raconte comment, au prix de plusieurs infractions au code de la route, il a réussi à rallier B. à V. en moins de cinquante quatre minutes  "aux heures de pointe" pour pouvoir monter dans ce train. Ils s'asseoit sur la rangée de sièges en vis à vis des deux autres. Mais pas l'un à côté de l'autre. Ils laissent un siège entre eux deux.

     

    Il reste quatre places dans le compartiment. Le train se remplit petit à petit. Il y a du monde pour prendre ce train. Vingt personnes au moins sont passées devant le compartiment depuis que les deux hommes s'y sont installés. Aucune n'est entrée. Il ne reste que les places intercalaires laissées par les autres. Ils vont aller jusqu'au bout du train. Un lycéen rentre. Il regarde où s'asseoir. Il choisit à côté de la femme, dans une posture de contorsionniste. Surtout, ne pas prendre le risque de toucher l'autre. Retenue, méfiance, timidité, vieilles résurgences d'instincts animaux refoulés, sensibilité aux odeurs, confort revendiqué... tout cela à la fois, probablement... Mais surtout, ne pas toucher l'autre, même de la pointe du coude. Cette manière de se placer de façon à éviter le contact...

     

     

    Le col-blanc parle à son téléphone: il lui donne des ordres concernant sa messagerie. Nouvelle ère, après l'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux, l'homme qui murmure au microphone de son téléphone. Enfin, qui murmure, c'est vite dit. Il sort pour passer un appel. Il laisse la porte ouverte et parle très fort.

    La femme farfouille dans le tonneau des Danaïdes qui lui sert de sac à main et en extirpe un livre. L'homme en face d'elle (le copain du col blanc) en regarde furtivement le titre; il s'agit de La confusion des Sentiments, de S. Sweig. Il a sorti un livre lui aussi Le Cavalier Suédois de L. Perutz. Elle aussi jette un coup d'œil au titre du livre. Je peux me tromper mais on jurerait que chacun des deux a fait un signe de tête d'approbation. Chacun jauge la lecture de l'autre en connaisseur.

     

    L'homme au téléphone est rentré dans le compartiment. Le contrôleur annonce l'arrivée en gare. Tout le monde descend.

    November 04

    Choses qui donnent envie de se lever le matin

     

    Savoir qu'on est en vacances et qu'il n'y a pas d'urgence à se lever.

    Le chant des oiseaux.

    Savoir qu'une fois la journée passée, le week-end commence...

    La veille de Noël.

    Ne pas avoir fermé les volets la veille et voir les toits d'en face recouverts de neige. Et la hâte de sortir, pour voir combien de centimètres de neige se sont déposés sur le monde pendant la nuit. Alors, on sait qu'on a quelques minutes pour profiter de ce paysage totalement blanc, avant que l'activité humaine ne reprenne ses droits, et que la neige se souille.

    Un rendez-vous galant.

    Un départ en vacances.

    Des puces dans le lit.

    Lorsque je rentre chez mes parents, en Normandie, passer quelques jours. 

    Un bain à la mer.

    Sentir qu'il fait beau.

    Mon anniversaire. Parce que je sais que mon amour me prépare toujours une petite surprise pour mon anniversaire.

    L'achat des cadeaux de Noël, l'impatience de faire les magasins à la recherche du cadeau qui fera plaisir à ceux que l'on a envie de choyer. Même si ce plaisir sera de courte durée: une fois dans la cohue, je n'ai souvent plus qu'une envie: rentrer bien vite à la maison et me recoucher!

    November 03

    Sans vouloir vous commander...

    Mes beaux-parents sont des emmerdeurs. Champions du monde toutes catégories. A finir par croire que j'ai dû faire des choses bien viles dans une vie antérieure et qu'ils sont uniquement là pour me pourrir la vie et me les faire payer. Bien sûr, c'est à Belle-Maman que revient la médaille d'or.

    Que je vous raconte sa dernière lubie:

    En ce moment, nous refaisons notre salle à manger. (Bon, nous n'en sommes qu'aux préliminaires: décoller le papier, reboucher les trous, lessiver, etc...ET vider la salle à manger). Il se trouve que nous possédons le landau de Belle-Maman, un vieux landau des années 40, que mon cher et tendre a restauré de ses mains (Ah! quel bonheur d'avoir un mari bricoleur!). Il l'a récupéré à la mort de son grand-père, lorsque sa grand-mère a vendu la maison et redistribué ses vieux meubles entre ses enfants et ses petits-enfants. Elle s'est installée dans un appartement avec des meubles tout neufs achetés avec l'argent de la vente de sa maison. Chacun a donc pris ce qui lui plaisait. Et mon époux a récupéré ce landau et une armoire qui nous sert aujourd'hui de vaisselier, dont personne ne voulait.

     

    Quel rapport avec le début de l'article? me demanderez-vous. Eh bien, ce fameux landau trône bien tranquille dans notre salle à manger où il nous sert de range-documents, sans faire de mal à personne. Il a rien demandé, lui, le landau. Surtout pas à Belle-Maman, qui décide de se rappeler aux bons soins du landau et qui nous sort - Attention; je vais profiter de cette anecdote pour vous décoder le langage "Belle-Maman"  :

     

    - Dis, Hervé (déjà, ça part mal: elle ne s'adresse qu'à son fils, elle veut donc aborder une question délicate, qui lui tournicotte dans la tête depuis plusieurs jours), puisque vous refaites votre salle… (silence), j'ai pensé (silence) (aïe, vraiment ça part TRES mal: quand elle pense, c'est jamais bon signe; elle a encore une idée à la c… ; et en plus, y a un silence-comment-je-vais-amener-la-chose-sur-le-tapis-pour-qu’on-me-dise-oui), mon landau* (nous y voilà: SON landau; elle n'en a pas voulu mais maintenant, c'est son landau), vous n'allez surement pas le remettre, quand vous aurez refait votre salle* (??? ... !!! ... ???). Et donc, j'ai pensé* (encore!) que vous pourriez peut-être * le donner au musée du jouet de la Ferté ( !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!). Enfin, je dis ça... sans vouloir vous commander (Belle-Maman = grosse menteuse; t'aimerais bien pourtant, c'est pas faute d'essayer, même! Mais tu peux pas!)

     

    Réponse d'Hervé: - ...

    Moi: - Non.

    Belle-Maman: - Enfin, je disais ça comme ça* (ben voyons!), au cas où vous n'en voudriez plus.

    Re-réponse d'Hervé: - ...

    Re-moi: -Non.

     

    D'expérience, dans ce genre de cas, Hervé ne dit rien ; ça évite de dire non, donc les discussions à n'en plus finir, et tout ce qui va avec, notamment les sanglots et le sempiternel refrain du "tu nous aimes plus, et puis, tu viens jamais nous voir".

    D'expérience, moi, dans ce genre de cas, je m'exprime autant que possible par monosyllabes; d'abord, ça coupe court aux discussions sus-nommées et ça évite que mes propos ne soient mal interprétés et déviés de leur but premier pour être retenus contre moi (je vous raconterai, à l'occasion). 

    Et puis, on est rôdés, maintenant: sur le coup de penser à une seconde vie pour NOS meubles, il faut savoir que Belle-Maman est une récidiviste: elle a déjà essayé avec l'armoire... celle dont je vous parlais au début de ce billet. 

    Une chance, en fin de compte, qu'elle ne veuille pas nous commander!

     

    Le 28 mai.

     

    *Ajouter un silence à chaque astérisque

    Choses à faire que l'on remet à plus tard

     

    Sauter en parachute, apprendre l'Hébreu, apprendre l'Arabe, me remettre au sanskrit, apprendre vraiment l'Italien, perdre trois kilos, ranger mon bureau pour de vrai, me remettre au grec, lire la Divine Comédie, m'offrir un baptême en ULM, apprendre à piloter un avion, visiter Carthage, faire le tour de la Grèce, retourner à Bristol, faire le tour de l'Islande, avoir l'agreg. Me rendre aux îles Marquises, terminer au moins une des nouvelles que j'ai écrites et laissées en plan, prendre des cours de dessin, lire La Légende des Siècles en entier, faire le Louvre en une seule fois (mais pas en un seul jour!), refaire de la dentelle, faire du sport deux heures par semaine, monter en haut d'un phare, apprendre à relier des livres.

    October 23

    Quand ça veut pas...

     

    Je ne sais pas si pour vous c'est pareil, mais franchement, y a des jours, où je sais vraiment, d'emblée, qu'ils vont être pourris de bout en bout. Et ce n'est pas qu'une vue de l'esprit, ou une interprétation déformante de la réalité pour la plier à cette idée que la journée va être une vraie journée de merde.

     

    Et ça n'a rien à voir avec des histoires de pieds posés par terre, dès le réveil.

     

    Moi, je sais précisément quand mes journées vont être vraiment pourries: pas celles où je me lève de mauvaise humeur. Je ne me lève jamais de mauvaise humeur; je n'ai jamais aucun à priori sur mes journées. Non, mes journées pourries, ce sont celles, très précises où les machines s'en prennent à moi avant 8 heures du matin. Exactement comme jeudi. Pourtant, la journée n'avait pas mal commencé. Réveil facile, bulletin météo de 6h30 très optimiste, trains à l'heure, gens pas chiants dans le train et contrôleur éminemment sympathique. Élèves qui répondent à mon bonjour aux abords du collège. De quoi commencer sa journée sous les meilleurs auspices.

     

    Et là, j'entre dans la salle des professeurs. Une collègue seulement, en train de faire ses photocopies. Cool, je me dis, pas longtemps à attendre pour faire les miennes. Dis "bonjour". Répond pas. Pas grave. C'est la grande mode en ce moment. Vais pas m'agacer pour ça, la journée promet d'être belle.

    Par contre, elle utilise la photocopieuse comme support pour découper ses documents et faire ses montages. Là, déjà, ça le fait un peu moins.

    Poliment, mais un peu sèchement tout de même: "Excuse-moi, X (on va l'appeler X, c'est mieux pour tout le monde), mais pendant que tu fais tes montages, je ferais bien ma série de photocopies, si ça t'ennuie pas." "Non, pas du tout" (encore heureux, que je me dis tout de même en moi-même) "T'inquiète pas, ce sera rapide, que je lui dis: juste un recto-verso pour une classe."

     

    Fais mon code, insère les originaux pour mon recto-verso. Programme le nombre de copies. Et c'est là, juste au moment d'appuyer sur le bouton que je sens que la machine a décidé de tout faire pour semer la zizanie entre ma collègue et moi. Pas le temps d'arrêter mon doigt. Trop tard, il a déjà appuyé sur le bouton... Trois exemplaires... TROIS exemplaires avant le fatidique bourrage papier en cascade  sur tout le circuit de passage du papier. Sal...e de photocopieuse.

    Je débourre, réinitialise. TROIS exemplaires .... et re-multi-bourrage. Re-débourrage. Là, je reconnais, j'ai attrapé la photocopieuse par les coins et je l'ai menacée. Y a pas d'autre solution, avec les photocopieuses récalcitrantes. Surtout quand on veut que ça aille vite: c'est qu'après les photocopies, faut faire les trous (oui, maintenant, on fait les trous dans les feuilles pour que les élèves les mettent directement dans le classeur; politique d'établissement d'allègement du cartable (1)). Et surtout, j'ai un café à prendre, avant de me retrouver face aux élèves. Car pour moi, « Sans café, journée ratée ».

     

    Bon, la menace fonctionne, ma série de photocopies se termine sans incident. Les trous: pas de souci (y a un petit malin qu'a décalé les trous, mais avec mon œil de lynx, je le vois immédiatement, rectifie le placement des trous et évite des perforations excentriques).

     

    Apparemment, toutes les machines de l'établissement s'étaient liguées contre moi: non seulement la machine à café ne me donne pas de café, mais elle me bouffe ma pièce tout de même et refuse de me la rendre.

    Sonnerie. ... Et ben, les gamins ont été AFFREUX, toute la journée. Exécrables, insupportables, bavards, agités, ...

     

    Mais j'ai eu ma revanche: le soir : besoin d'imprimer. Bon, c'est de bonne guerre, l'imprimante aussi me fait le coup du bourrage papier. A 15 minutes du départ de mon train. Je vois où elle veut en venir, celle-là... Débourre, et là, au moment de relancer l'impression, je lui coince le bouton. Na! Bien fait! Faudra que j'explique ça à mon administrateur réseau mais tant pis. Ça lui a fait les pieds!

     

     

    (1) Si vous voyez pas le rapport, je vous expliquerai la logique, mais une autre fois. 

    Paroles de resto

     

    Entendu au restaurant:

     

    - Ils partent souvent en vacances dans le midi.

    - Ils ne partent pas dans le midi: ils vont dans les Landes.

    - Ben, c'est pareil!

    - Ah, non! Certainement pas.

    - C'est presque pareil: les Landes, c'est dans le midi trois-quarts !

    October 17

    De l'éducation...

    Devinez de qui je vais vous narrer les palpitantes aventures de la semaine?
    Gagné! de ma classe de ...ème! (et tant que personne, d'un air offusqué ne clamera haut et fort: "Oh, non, pas EN-CO-RE!!!", avec les trois points d'exclamations qui vont avec, je pense que je vais continuer: c'est ça ou l'ulcère, de toute façon; je tiens à ma santé, moi!)
    Difficile parfois d'être pédagogue (et fière de l'être) surtout avec une classe d'élèves totalement ... déjantés: je crois, en effet, que c'est finalement le mot qui résume le mieux la situation et vous allez vite comprendre pourquoi.
    Je le reconnais, je suis assez main de fer dans gants de ... crin. Quelquefois, il y a du velour, mais point trop n'en faut tout de même; je ne suis pas d'une nature très souple. Donc, après les bons sentiments, la patience, le dialogue, l'écoute, gnagnagna, j'ai décidé de gravir l'échelon supérieur: pendant que les avertissements et les menaces de conseils de discipline pleuvent, côté administration, moi, je mets en place des trucs qui marchent pas trop mal , du genre:
    - Au bout de trois minutes, s'ils discutent encore alors qu'ils sont rentrés en classe, tout le monde remet son cartable sur le dos, redescend les deux étages, se range de nouveau dans la cour et remonte les deux étages. (jusqu'ici, deux fois ont suffi; j'ai connu pire; on peut donc dire que ça marche).
    - Quand ils deviennent trop bavards mais que ça fait déjà au moins quinze minutes qu'ils sont installés: récitation écrite: tout le monde récite son texte de récitation, mais à l'écrit; ce qui me permet de mettre deux notes, du coup; de récitation et d'orthographe.
    Et c'est au cours d'une de ces séances qui a commencé par une récitation écrite, qu'au cours d'un de mes discours-tentative-de-faire-appel-à-leur-intelligence, je sors la suite de phrases suivante: "Un jour, vous me remercierez. Pour l'instant, vous avez totalement le droit de me détester. Vous n'avez pas le droit de me le dire, mais vous avez totalement le droit de me détester." Et là, ils me regardent, et il y en a trois qui me disent: "Mais, Madame, comment on pourrait vous détester? Vous êtes trop sympa!". Et la quasi-totalité d'e branler du chef, en signe d'acquiescement (bref, il y en a troi qui me détestent, mais qui ont bien compris qu'il ne fallait pas me le dire; on avance, je vous dis, ils progressent!). Et à voir leur tête, ils le disent le tout le plus sérieusement et le plus sincèrement du monde.
    Là, je me suis dit qu'ils avaient tout de même quelques tendances un peu maso. Parce que je ne leur fais plutôt pas de cadeaux. Suis plus Spartiate qu'Athénienne dans l'âme.
    Mais le clou du clou, c'est leur réaction quant aux fiches de suivi. "Keskecestkesa une fiche de suivi", demanderont les profanes?
    Eh bien c'est une fiche que les profs doivent remplir, concernant un élève qui en a besoin évaluant comment l'élève en question s'est comporté pendant le cours. On les met en place pour les élèves agités, bavards, étourdis ou insolants (ou tout cela en même temps) pour les apprendre à s'auto-réguler; bref, nous nous réunissons, la principale adjointe et moi; nous mettons au point les fiches de suivi de trois élèves de la classe. En fait, il y en a au moins dix qui mériteraient d'en avoir une, mais trop de fiches de suivi tue la fiche de suivi, c'est bien connu. D'où : trois élèves. Et là, voici leurs réactions:
    - Whouah! Elle est trop belle ma fiche de suivi!
    Mais la plus belle, et ma préférée reste: "Whouah, elle est trop belle, leur fiche de suivi! Pourquoi j'en ai pas moi? J'suis aussi bavard qu'eux!"
    Ce qui m'inquiète surtout, c'est que l'élève en question a décidé de passer à la vitesse supérieure et s'est déjà fait exclure d'un cours pour la semaine prochaine. Tout ça pour avoir une fiche de suivi.
     
    Masos, je vous dis!
    October 12

    Diction du jour

     
    Si le prof de maths tu fais chier
    Demain tu seras privé de récré.
    October 09

    Aujourd'hui, c'est Mercredi

     

    Peu écrit ces derniers temps. Et je sens venir le moment où le reproche va pointer son nez de nouveau. Alors, je prends les devant: oui, c’est vrai, et je vous ferai toujours la même excuse : je suis débordée ; j’ai l’impression d’être le lapin blanc d’Alice, toujours, en retard, à regarder ma montre…  - sauf que je n’ai pas de montre, en fait. Ni de nœud papillon. - A part ça, je cours et je m’agite un peu dans tous les sens. Que voulez-vous, je suis formatrice, maintenant, en plus de mes 20 heures de cours !

    ET, cerise sur le gâteau, ils m'ont refilé une classe A-FFREU-SE. Tellement affreuse qu’on dirait qu’elle a été faite exprès. Pour moi. Pour me faire expier un truc terrible que j'ai dû faire dans une de mes vies antérieures, ou dans cette vie même, et que j'ai oublié. Je vous jure. Au point d’avoir eu très sérieusement  envie de me mettre au vaudou et de planter des aiguilles dans les parties les plus délicates de l’anatomie de celui ou de celle qui avait fabriqué une telle classe... jusqu’au moment où je soumettais cette horrible idée à ma principale adjointe qui m’a alors avoué: « C’est moi ». (J’ai toujours eu l’art de mettre les pieds là où il ne fallait pas.)

    Bref, dans la classe de 25, ils m’ont mis 8 affreux : genre les sept nains version gremlins, et le cousin Machin, version gremlins aussi, tant qu'à faire. Je dois donc supporter quotidiennement un Grincheux, qui s’en prend à tout le monde, genre "je-t'envoie-la-porte-dans-la-gueule-pour-voir-si-je-peux-te-péter-le-nez" ; Simplet, un neurone dans chaque pied ; Prof, qui se mêle de tout, tout le temps; Timide, qui fait tous ses coups en douce;  Dormeur, assez agressif quand il se réveille; et même Atchoum, qui ne sait pas que l'on peut se moucher (dans sa manche, en ces périodes de pandémie grippale) en silence ! Quand je vous disais : les sept nains, quoi ! Quant au cousin Machin, ben, comme l'autre, il ressemble à rien.

    Sauf que moi, je ne suis pas Blanche Neige, ni physiquement, ni au niveau du caractère. Serai plutôt genre Mercredi Addams, vous voyez, alors les sept nains, version gremlinsde surcroît, ils ont tendance à faire remonter mon côté Mercredi sacrément facilement. Du coup, ils me pompent sacrément de temps et d’énergie, mes sept nains, et ils ont un peu entamé ma force créatrice, je l’avoue. Surtout qu'en ce moment, ils contaminent les 17 autres (pourtant je ne les ai ni nourris, ni arrosés!) qui trouvent que finalement, c'est pas si mal de mettre le souk dans tous les cours.

    Bref, voilà. Je cours encore plus, après les rendez-vous de parents (qui ne viennent pas, tant qu'à faire et que j'attends pendant 20 minutes). Le lapin blanc, je vous dis. Ils ont de la chance que je ne sois pas la Reine de Coeur, sinon, ça fait belle lurette que j'en aurais fait tomber, des têtes, moi!

    October 04

    Dictée

     

    Le professeur dicte - "Et son cavalier semble une ombre condamnée à un châtiment antique..." (1)

     

    L'élève écrit - Et son cavalier semble une ombre condamnée à un châtiment en tiques...

     

    Des deux, finalement, je me demande lequel serait le pire... Après tout, les tiques, ce n'est pas si éloigné des mouches, donc pas tellement éloigné d'un châtiment antique, finalement.

     

    (1) Le Soleil des Scorta, L. Gaudé.

    October 02

    Photo de gare

     

    7h35 - Ce matin, sur le quai: une nonne, un homme en chapeau de feutre noir, un géant avec un petit sac à dos orange, un jeune homme, une jeune fille, un employé de la gare. Six personnes, dont cinq attendant le train pour Paris. D'ordinaire, la gare est grouillante de monde. Pas de lycéen ce matin. De l'herbe haute et des coquelicots entre les rails. La gare, ce matin a des allures de gare fantôme. Les ronronnements des moteurs et les roucoulades des pigeons en guise de fond sonore.

     

    7h40 - trois, quatre, cinq, six nouvelles têtes pour Paris. Personne sur le ponts.

     

    7h45 - Pas un seul train à l'horizon, ils sont tous affichés en retard. Même les trains désertent la gare.

    Portrait de voyageur (31)

     

    "Penché à regarder défiler le paysage, par la fenêtre, le front contre la vitre. J'aime le froid de la vitre sur mon front. Je sais que quand je décollerai le front, ça fera une marque, comme une empreinte géante un peu floue. Le paysage y sera incertain. De toute façon, c'est toujours le même paysage. D'accord, il change avec le temps qu'il fait. Avec le temps qui passe. Quelques lézardes de plus sur les murs; l'enduit de la gare de F*** qui se fissure, et se morcelle un peu plus chaque jour, mais... c'est quand même toujours le même. Je joue avec la tablette devant moi. Je n'ai même plus un ongle à me ronger. Ma mère va encore m'engueuler à cause de ça, ce soir.

     

    Toujours le même train. Même odeur incrustée au siège de poussière, de crasse accumulée, de nicotine incrustée, du temps où le wagon était encore fumeur. Mêmes gares, mêmes arrêts, et surtout même point d'arrivée. Et de la gare, toujours courir pour attraper le même bus qui me conduit au bahut. Putain de bahut!

     

    *

    Je m'assois toujours côté fenêtre. J'aime regarder passer le paysage... C'est drôle, ce que je viens de penser, car, en fait, celui qui passe, c'est moi. Le paysage, lui ne bouge pas; JE suis de passage... Un jour, je traverserai la France de part en part, en train. En une fois. Rien que pour appréhender d'un coup combien la France est belle dans sa diversité." 

    September 26

    Parole du jour

     
    "Qu'est-ce que je fous à ne plus écrire?", elle me demande dans un commentaire que je suis seule à voir...
     
    D'abord, c'est faux, j'écris beaucoup en ce moment! Ai jamais autant écrit; des interviews, des commentaires sur les géniales proses de mes élèves; des compte-rendus; des articles; des présentations de pratiques; des rapports d'incidents... (et puis, d'abord, j'écris quand je veux. Non, mais des fois!)
    Alors, quand j'ai quelques minutes, je l'avoue, je pose mon stylo rouge, cesse de faire courir mes petits doigts agiles sur un clavier et me plonge dans le plus passionnant des romans d'aventure: L'Île au Trésor, de Stevenson. Je ne l'avais jamais lu (même pas honte!); comme la plupart des romans dont mon père me vantait les mérite quand j'avais huit ans: L'Appel de la Forêt, Croc Blanc, Jerry Chien de Cirque (mon père est un inconditionnel de Jack London!) , Voyage au Centre de la Terre (de Jules Verne aussi!), les aventures de Tom Sawyer et Huckleberry Finn. Bref des histoires de chiens, de savants et de garçons. Tout pour plaire à une petite fille de huit ans.
    Tout pour me dégoûter de la lecture, oui! au lieu de me permettre d'y plonger. Les parents, des fois, c'est à se demander ce qu'il peut bien leur passer par la tête! Alors les histoires de petit garçon qui embarque sur un bateau avec des pirates et une carte au trésor... Il a fallu que j'attende d'en recevoir un spécimen gratuit en début d'année pour me plonger dedans. Un régal!
     
    Voilà ce que je fais à ne plus écrire trop régulièrement ici, et à rappatrier petit à petit les articles rédigés sur mon autre blog, amené à disparaître dans moins de 270 jours.
    September 19

    Paroles d'élèves

     

    - Madame, c'est quand qu'on va voir la Joconde?

    - Non, on dit: "Madame, quand va-t-on voir la Joconde?"

    - Ouais: "Quand va-t-on voir la Joconde?"

    - Bientôt.

     

    - Madame, c'est quand qu'on la voit, la Joconde?

    - On dit: "Quand va-t-on voir la Joconde?".

    - Ouais: "Quand va-t-on voir la Joconde?

    - Bien-tôt.

     

    - Madame, elle est où la Joconde?

    - Elle est là, devant toi.

    - Non, pas celle-là, la deuxième?

    - La deuxième Joconde?

    - Ben oui, la vraie, quoi, la grande.

    - Euh..., c'est la VRAIE Joconde.

    - C'est ça, la Joconde? Aouf, l'arnaque!

     

    Portrait de voyageur (30)

     

    "Et voilà. C'est pas encore aujourd'hui que je vais rentrer à l'heure. Il a du retard. Encore.

    J'adore la manière dont ils présentent les choses sur le panneau d'affichage: "retard probable: 10 minutes". "Retard probable". Comme ça, on est bien avancé. Ils n'en sont même pas sûrs eux-mêmes!

    En même temps, c'est plus confortable pour eux. Avant, ils annonçaient des valeurs certaines: "il aura cinq minutes de retard". "Cinq minutes", c'était vite dit, c'était plus souvent plus proche des dix ou quinze que des cinq. Donc forcément, ça rendait les gens impatients et ils avaient tendance à se mettre en rogne, les gens. On finissait par se dire que les cinq minutes SNCF, c'était un peu comme le fameux quart d'heure berrichon.

     

    "Retard probable"... Le temps d'écrire ces lignes et le retard vient de passer de dix à quinze minutes. Effectivement, il vaut mieux qu'ils gardent le "probable"; y a vraiment rien de certain! Et encore, je n'ai pas à me plaindre : deux autres trains sont annoncés avec du retard, l'un avec un retard probable de vingt minutes et le second avec un retard probable de trente minutes. Avec mes quinze minutes, si la probabilité se stabilise, ce n'est pas moi le plus mal loti, finalement.

     

    Message au haut parleur pour annoncer le retard probable de mon train: "En raison de difficultés de gestion du trafic, le train express régional centre numéro etc, etc..." ??? Euh... Franchement? je comprends tous les mots séparément: "raison", je connais, "difficultés", aussi, "gestion", ça va, je gère, "trafic", pareil. Par contre, tous ensemble "En raison de difficultés dans la gestion du trafic"... l'explication devient moins claire, du coup! C'est en ça qu'ils sont forts à la SeNeCeFe ; imparable. On ne peut pas leur reprocher de ne pas informer les voyageurs. On ne comprend rien à l'information, mais au moins, on est informés. Im-pa-ra-ble pour empêcher que les gens ne gueulent: comment pouvez-vous vous plaindre d'un dysfonctionnement quand vous ne comprenez pas la nature même de ce dysfonctionnement? Non, franchement, très fort! Le gars qu'ils payent pour la com', il mérite son salaire!

     

    Bon, enfin, moi, je ne suis pas plus avancé, dans tout ça. Mon train a toujours quinz... ah non, trente-cinq minutes de retard. De probable en probable, mon train devient de plus en plus improbable. Je le savais bien: faut toujours se méfier des probabilités!"

    September 17

    Paroles de voyageurs

     

    - Nan, hier soir, j'ai pas eu le temps; je devais finir mon livre. Et après, j'ai fait des fiches pour l'Histoire-Géo.

    - J'te crois pas.

    - Siiii, j'te jure: j'ai lu le livre hier soir. Et je le lirai jusqu'au bout. Si tu me crois pas, j'ai même lu le début hier et c'est vachement bien, même.

    - Moi, j'aurais pas lu le livre, j'aurais juste lu le dossier qu'est à la fin.

    - C'est pas le dossier qu'on va étudier, c'est le livre!

    - Quitte à glander, au lieu du livre, t'aurais pu faire des crêpes!

    Il s'en est fallu d'un cheveu

     

    Ça y est, c'est officiel: je vieillis. C'est un cheveu qui me l'a dit.

     

    Ce matin. Je venais de me sécher et de me brosser les cheveux. Je les attache, me regarde dans le miroir. Il était là, dressé sur le haut de mon crâne, pplanté bien à la verticale, hirsute, court et épais comme un crin de cheval. Il aurait pu se faire discret, se noyer dans la masse de mes cheveux longs. Mais non, il était là, au garde-à-vous, à me défier dans le miroir. Mon premier cheveu blanc.

    Nouveau coup de brosse pour le faire rentrer dans le rang. Une fois. Deux fois. J'essaie de l'aplatir avec un peu d'eau. Mais il s'obstine, le bougre! toujours là, à me narguer, dans le miroir, raide comme la justice qui vient de rendre son verdict: "Eh oui, cocotte, t'es comme tout le monde, tu n'y échapperas pas: tu vieillis!"

    Face à cette provocation, je tente de l'arracher, mais rien n'y fait: il résiste, planté, m'envoyant  des signaux genre "sensation-coup d'aiguille" pour bien me faire comprendre , qu'il est bien ancré et qu'il ne va pas lâcher le morceau comme ça et que ce combat-là, je l'ai perdu d'avance.

     

    C'était pas tout ça, l'horloge tournait et il fallait bien couper court à cette confrontation et en finir rapidement. Je l'ai donc attaqué aux ciseaux, en prenant garde de ne pas sacrifier un de mes cheveux blonds au passage.

     

    Je n'allais tout de même pas le laisser avoir le dessus, tout de même!

    September 14

    Portrait de voyageur (29)

     

    Elle attend sur le quai d'en face. Extrêmement nerveuse. C'est pour cela que je la remarque: Ses yeux vont invariablement des portes d'accès au quai à la pendule, en un va-et-vient incessant. Comme si elle avait peur. ... Non, ce n'est pas cela, elle n'a pas peur. Elle attend quelque chose. Qui ne se produit pas.
    J'imagine: elle est allée au cinéma, cet après-midi. Lorsqu'elle est arrivée dans la salle, il n'y avait personne. Elle a pris son temps pour choisir sa place et s'asseoir. D'habitude, elle s'asseoit très vite, et retire son manteau une fois assise. Ce n'est pas très pratique, mais au moins, elle ne sent le regard de personne dans son dos. Elle n'aime pas qu'on la regarde, ça la met mal à l'aise.
    Là, il n'y avai personne, alors, elle a pu tout à loisir retirer son mateau debout, avant de le plier, de le poser sur le siège à sa gauche et de s'asseoir. Il est arrivé, après le début du film. Tout seul, aussi. Il a choisi la même rangée, a retiré son propre manteau, qu'il a posé à côté du sien, à elle. Et il s'est assit.
    Elle a entendu sa respiration dans le noir. Elle l'a entendu sourire aux moments où elle respirait aussi. Alors, elle a voulu voir son visage. Elle a regardé très vite. Dans le noir. Dans le noir, le film, l'histoire, il semblait beau. Mais elle a regardé trop vite; la peur qu'il puisse penser qu'elle le regardait.
    Le générique, les lumières. Il s'est enveloppé de son grand manteau noir. Il est sorti avant elle, sans qu'elle puisse voir son visage nettement. Elle est sortie de la salle très vite, trop vite, dans la peur de le perdre dans la foule avant d'avoir vu son visage. Elle a suivi le manteau et a accéléré, en panique, manquant d'air., regardant droit devant elle. Sortir avant lui, retrouver l'air, s'enlever cette obsession idiote de la tête. Et puis, elle s'est retournée, pour regarder son visage se fondre avec le visage du héros du film, les mêmes cheveux longs cendrés, tirés en arrière, la même allure. Elle a encore accéléré le pas. Partir. Fuir. La sotte idée de revenir en arrière et de le suivre.
    Et maintenant elle est sur le quai, essouflée, le visage tendu vers un train qui n'arrive pas assez vite.
     
    Lorsque le train est arrivé au loin, j'ai vu ses traits se détendre et se radoucir. La crise était passée.

    Ben, me revoilà...

    J'y arrive pas. Pour être claire, je n'arrive pas à fermer ce blog et à ne plus y écrire. J'en ai ouvert un autre, mais ce n'est pas pareil. Il est presque tout pareil, en apparence, mais ... c'est pas mon blog. Vous me direz, il n'existe pas depuis longtemps et je suis en train de l'étouffer au berceau. Oui, c'est vrai. Mais c'est ici que j'aime écrire. C'est un peu comme une nouvelle paire de chaussures; plus neuves, plus "présentables", plus brillantes (plus chères peut-être) Mais vous n'êtes pas aussi bien que dans vos vieilles groles informes et qui prennent l'eau, mais dans lesquelles vous êtes si bien. Alors, me revoilà.
    May 21

    Bravo papa

     
    Les textes de mon père sont exposés au musée du débarquement de Bayeux! Bientôt publié sur la Renaissance du Bessin.