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    September 30

    Poème du dimanche 30 septembre

     

    La passante d'été

    Vois-tu venir sur le chemin la lente, l'heureuse,
    celle que l'on envie, la promeneuse ?
    Au tournant de la route il faudrait qu'elle soit
    saluée par de beaux messieurs d'autrefois.

    Sous son ombrelle, avec une grâce passive,
    elle exploite la tendre alternative :
    s'effaçant un instant à la trop brusque lumière,
    elle ramène l'ombre dont elle s'éclaire.
     
    Rainer Maria Rilke
    September 26

    Portrait de voyageur (25)

     
    "C'est fou ce que les gens sont devenus bruyants en quelques mois. L'année dernière déjà, je prenais le train pour aller à la fac et le trajet, c'était plutôt calme, je pouvais relire mes cours, tranquille. Mais là, depuis la rentrée, je les trouve super bruyants. Pourtant, c'est les mêmes que l'an dernier, à quelques nouvelles têtes près. Mais cette année, je ne sais pas ce qui leur arrive.
     
    D'abord, il y a les lycéens: ça ne change pas vraiment de l'année dernière: les filles n'arrêtent pas de glousser (qu'est-ce que ça glousse, une lycéenne! ça fait deux ans que j'ai quitté le lycée; j'espère que je n'étais pas comme ça). Mais cette année, j'en suis sûre, elles gloussent plus fort. Quant aux garçons! Désespérants! C'est vraiment terrible, les poussées d'hormones, à cet âge-là! Il y en a un surtout: il a troqué son MP3 contre un téléphone qui lit la musique, alors, tous les matins, tout le wagon a droit au concert. Tous les soirs aussi, d'ailleurs. Si encore c'était de la musique un peu zen et pas trop stressante, mais non, on a le droit à du Rap. En soit, je n'ai rien contre le Rap. Sauf que là, le jeune homme, en plus d'être un rappeur, est un zappeur. On a donc le droit entre 5 et 12 secondes de la chanson, avant qu'il ne passe à la suivante. 30 minutes de trajet, c'est 30 minutes de zappette musicale. C'est plus fort que moi, ça me donne des envies de meurtre! Je ne le supporte plus! L'autre jour, je révisais un cours, alors, je lui ai demandé de baisser un peu sa musique; je crois en fait que c'était pire: même punition, mais version grésillement. Le plus rigolo, c'est qu'une fois descendu du train, quand il prend seul la direction du lycée, il se colle des écouteurs dans les oreilles et on n'entend plus rien.
    Je me demande parfois si les ados ne font pas ce genre de choses plus pour tester la résistance des autres que pour leur unique plaisir. Il y a des moments où on croirait qu'ils sont tellement peu heureux qu'ils ont envie de faire chier tous les gens qui passent à leur portée. Juste pour se venger de tirer toujours la gueule. Mon Dieu, j'espère vraiment que je n'étais pas comme ça!
     
    Sinon, il y a les vieilles, aussi. Celles-là, vivement la retraite, qu'elles restent chez elles et qu'elles ne prennent plus le train. Il n'y a pas à dire, la bêtise est une maladie contagieuse. Les autres années, c'était la vieille en chef qui était vraiment insupportable, à bousculer tout le monde pour monter dans le train la première et choisir SA place et celle de ses copines, à bousculer les gens, à parler fort... Cette année, elle ne prend plus le train avec les autres qu'un jour sur deux (je ne sais pas pourquoi, il va falloir que je mène ma petite enquête. ça ne devrait pas être si difficile que ça à trouver; vu comme elles parlent fort, tout le wagon devrait tout savoir très vite). Eh bien, quand elle n'est pas là, maintenant, c'est les autres qui parlent fort et qui bousculent tout le monde pour s'installer où elles veulent.
     
    Et puis, pour cette rentrée, on a le droit aux footeux, aux rugbyeux, aux footeux-rugbyeux (il y en a qui arrivent à être les deux; combien de temps ils passent devant la TV, ceux-là?!)
     
    En prime également, cette année, on a les commentateurs d'actualité, qui ne sont jamais contents, qui se plaignent de tout, surtout de la SNCF, d'ailleurs (ça fait deux ans que je les croise dans le train, ceux-là; une chose me chiffonne: s'ils en sont si mécontents, pourquoi ils continuent à prendre le train?)
     
     
    Moralité: depuis hier, j'ai investi dans un MP3, histoire d'avoir la paix et de trouver un peu de solitude dans tout ce brouhaha."
    September 24

    Portrait de voyageurs (24)

     
    "Parfois, je me demande: "Est-ce que ça se voit? Est-ce que les gens que je croise dans ce train peuvent voir, peuvent sentir, deviner: le métier que je fais, si j'ai bien dormi cette nuit, ma dernière petite lâcheté? Tout ce genre de choses... Par exemple, depuis une heure, je suis une femme divorcée. Eh bien, est-ce que les gens peuvent le lire sur mon visage, dans ma manière de marcher, dans ma main qui tremble encore?" Voient-ils ma main trembler, au moins? Je sais que c'est bête, mais j'ai l'impression que ça se voit.
     
    Je lui ai tout pris. Mon avocat a été formidable, sur ce coup-là. Je lui ai tout pris. Je voulais qu'il souffre. J'ai fait ce que j'avais dit. Je l'ai fait souffrir. Et en ce moment, dans ce train, je ressens comme un manque. Malgré tout, c'est comme si ça ne suffisait pas. Alors, pourquoi ne suis-je pas satisfaite?  Pourquoi suis-je en colère? ... J'ai eu ce que je voulais pourtant! 
     
    J'aurais voulu qu'il me supplie. Je ne voulais pas uniquement qu'il souffre. Je voulais qu'il s'humilie. Le voir, depuis quelques semaines résigné, prêt à tout accepter pour qu'on en finisse. Tout à l'heure encore. Certes, il souffre encore maintenant. Je le vois, je le sais. Je l'ai rendu fou. J'ai tout fait pour. Enfin... Je n'ai fait que révéler ce que j'avais senti depuis longtemps: sa folie, cette vie intérieure, faite d'angoisses, de regrets, de paniques et de violences. Je les sentais déjà quand je l'aimais encore, c'était sensible dans la façon qu'il avait de m'embrasser, de me faire l'amour, ... de me "jeter" quelques années de "bonheur conjugal" plus tard. Sensible dans tout ce qu'il a fait de grand. et de moins grand.
    Oui, c'est cela, je voulais qu'il me supplie. De le reprendre. Et qu'il paie. Pour toutes les fois où il m'a rejetée, tenue à l'écart, humiliée en public. Pour toutes mes nuits sans sommeil et mes pluies de larmes. Qu'il souffre et que le poids de sa douleur soit si lourd qu'il me le dise, qu'il me le crie, qu'il me le pleure.
     
    *
     
    Je pensais que ce serait plus facile après le jugement. Que la page serait tournée. Que je serais apaisée aussi. Et je ne me suis jamais sentie aussi vide et aussi seule qu'aujourd'hui, dans ce train bourré de monde."
    September 23

    Nouvelle histoire de pingouins

      

    Poème du dimanche

     

    Clair de lune

    Votre âme est un paysage choisi
    Que vont charmant masques et bergamasques
    Jouant du luth et dansant et quasi
    Tristes sous leurs déguisements fantasques.

    Tout en chantant sur le mode mineur
    L'amour vainqueur et la vie opportune,
    Ils n'ont pas l'air de croire à leur bonheur
    Et leur chanson se mêle au clair de lune,

    Au calme clair de lune triste et beau,
    Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
    Et sangloter d'extase les jets d'eau,
    Les grands jets d'eau sveltes parmi les marbres.
     
    Paul Verlaine
    September 21

    Truc drôle de la journée

     
    Spéciale dédicace pour mes collègues de maths bien aimés:
    Cours de français d'aujourd'hui, en 3ème:
     
    Moi: - Faisons un petit rappel: qu'est-ce qu'une pyramide?
    Emilie: - C'est un cône, madame!  
     

    Mauvaise humeur du jour (2)

     
    La nouvelle orthographe, j'aime pas, j'aime pas, j'aime pas!
     
     
    c'est à cette adresse et c'est moche, moche, moche!
     
    Je veux continuer à manger des oignons et non des ognons; à regarder des nénuphars, plutôt que des nénufars et à placer un accent circonfexe sur le i de connaître et paraître, accents qui, n'en déplaise aux réformateurs, ne sont pas inutile.

    Mauvaise humeur du jour

     
    Entendu dans le train aujourd'hui:
    "Heureusement, Sarkozy, il va remettre de l'ordre dans tout ça: il l'a dit, hier soir à la télé: il va abolir les privilèges"
     
    Août 1789, abolir les privilèges c'était supprimer les corvées, la dîme, les juridictions seigneuriales.
    Septembre 2007, abolir les privilèges, c'est s'en prendre aux conducteurs de train et aux ouvriers du gaz!
     
    218 ans de progrès et d'évolution pour en arriver là.
     
    La bêtise a de beaux jours devant elle!
    September 19

    Choses qui sentent bons

     

    Un gâteau au chocolat, le pain en train de cuire, le lait pour le corps parfumé à l'orange de l'hôtel Valadier, l'herbe fraîchement coupée, la colle Cléôpatre, l'eau de la Manche sur la peau, le pelage de mon chat, le linge qui a séché dehors, au soleil et au vent; les roses du jardin, la viande grillée, le café, un livre neuf qui n'a encore jamais été ouvert, l'eau de toilette de Nicolas, les parquet cirés, l'encens à l'église, le thé à la menthe, le romarin, le cuir, les galets, le thé au jasmin, les fleurs de Seringa, un verre de Quincy, sûrement pas la fille qui est assise à côté de moi dans ce train!, la lavande, les pêches blanches, la colle à papier peint, le pain grillé, la citronnelle, le caramel. 

    September 16

    Poème pressé

     
    Victor Hugo, Les Chants du Crépuscule.
     
    L'aurore s'allume ;
    L'ombre épaisse fuit ;
    Le rêve et la brume
    Vont où va la nuit ;
    Paupières et roses
    S'ouvrent demi-closes ;
    Du réveil des choses
    On entend le bruit.
    (...)
    September 12

    Histoire de pingouins

      

    Autre lien salutaire

     
    Pourquoi je ne lirai pas de lettre le 22 octobre: 
    September 09

    Poème du dimanche

    A une dame créole

    Au pays parfumé que le soleil caresse,
    J'ai connu, sous un dais d'arbres tout empourprés
    Et de palmiers d'où pleut sur les yeux la paresse,
    Une dame créole aux charmes ignorés.

    Son teint est pâle et chaud ; la brune enchanteresse
    A dans le cou des airs noblement maniérés ;
    Grande et svelte en marchant comme une chasseresse,
    Son sourire est tranquille et ses yeux assurés.

    Si vous alliez, Madame, au vrai pays de gloire,
    Sur les bords de la Seine ou de la verte Loire,
    Belle digne d'orner les antiques manoirs,

    Vous feriez, à l'abri des ombreuses retraites,
    Germer mille sonnets dans le coeur des poètes,
    Que vos grands yeux rendraient plus soumis que vos noirs.
    Baudelaire, Les Fleurs du Mal
    September 02

    poème pour un dimanche de rentrée

    De celui qui nouvellement a reçu lettres de s'amie

    A mon désir, d'un fort singulier être
    Nouveaux écrits on m'a fait apparaître,
    Qui m'ont ravi, tant qu'il faut que par eux
    Aie liesse ou ennui langoureux :
    Pour l'un ou l'autre Amour si m'a fait naître.

    C'est par un coeur que du mien j'ai fait maître,
    Voyant en lui toutes vertus accroître :
    Et ne crains, fors qu'il soit trop rigoureux
    A mon désir.

    C'est une Dame en faits et dits adextre,
    C'est une Dame ayant la sorte d'être
    Fort bien traitant un loyal amoureux.
    Plût or à Dieu que fusse assez heureux
    Pour quelque jour l'éprouver et connaître
    A mon désir. 
     
    Clément Marot, L'Adolescence Clémentine.