Joli's profileLectures, écritures et é...PhotosBlogListsMore Tools Help

Blog


    July 29

    Poème du dimanche

     

    Pierrot

    Ce n'est plus le rêveur lunaire du vieil air
    Qui riait aux aïeux dans les dessus de porte ;
    Sa gaîté, comme sa chandelle, hélas! est morte,
    Et son spectre aujourd'hui nous hante, mince et clair.

    Et voici que parmi l'effroi d'un long éclair
    Sa pâle blouse a l'air, au vent froid qui l'emporte,
    D'un linceul, et sa bouche est béante, de sorte
    Qu'il semble hurler sous les morsures du ver.

    Avec le bruit d'un vol d'oiseaux de nuit qui passe,
    Ses manches blanches font vaguement par l'espace
    Des signes fous auxquels personne ne répond.

    Ses yeux sont deux grands trous où rampe du phosphore
    Et la farine rend plus effroyable encore
    Sa face exsangue au nez pointu de moribond.

     

    Verlaine, Jadis et Naguère.

     
    July 28

    Les vacances de Joli Mammouth

     
    Ben c'est sûr, ça fait longtemps que je n'ai pas écrit de billet. Seulement voilà, j'ai très peu de temps pour ce blog en ce moment. A quoi a ressemblé mon mois de juillet? Quelques jours en famille. Puis, en vrac: jardinage (pour tenter de sauver le peu encore sauvable), ménage, repassage, bricolage, une virée à Ikéa, arrachage de papier peint, peinture de portes de garage toutes neuves, tests de nouvelles recettes de cuisine, couture, préparation du voyage (eh oui, à Rome, encore!), cinéma, repas entre copains et réception de nos deux ados, comme chaque été. 
    Avec tout cela, peu de présences devant l'ordi.
     
    Et depuis samedi de la semaine dernière, tête-à-tête réguliers avec Harry... Mais ce n'est pas la peine de me demander: je ne vous dirai rien! 
    July 26

    Célinade

     
    Après des mois et des mois d'absence, revoilà les petites Célinades! Je vous livre la dernière, fraîchement sortie du four:
     
    "Je trouve que c'est quand même en région Centre qu'on a les plus beaux châteaux de la Loire du monde!"
     
     Merci encore à l'auteur...
    July 22

    Poème du dimanche

     
     

    La nuit était venue, la lune émergeait de l'horizon, étalant sur le pavé bleu du ciel sa robe couleur soufre. J'étais assis près de ma bien-aimée, oh ! bien près ! Je serrais ses mains, j'aspirais la tiède senteur de son cou, le souffle enivrant de sa bouche, je me serrais contre son épaule, j'avais envie de pleurer ; l'extase me tenait palpitant, éperdu, mon âme volait à tire d'aile sur la mer de l'infini.

    Tout à coup elle se leva, dégagea sa main, disparut dans la charmoie, et j'entendis comme un crépitement de pluie dans la feuillée.

    Le rêve délicieux s'évanouit... ; je retombais sur la terre, sur l'ignoble terre. O mon Dieu ! c'était donc vrai, elle, la divine aimée, elle était, comme les autres, l'esclave de vulgaires besoins ! 

     

    L’Extase, Joris- Karl Huysmans

    July 20

    j'ai des F...

     
    Il n'y a pas si longtemps que cela, existait une entreprise publique EDF-GDF. Il n'y a pas si longtemps que cela, je payais mon gaz et mon électricité en même temps, à cette même entreprise.
    Et puis un jour, ils ont dit: "Réjouissez-vous: voici le temps béni où pour la liberté et le profit de tous, nous allons séparer et privatiser EDF de GDF, et vous paierez l'électricité à EDF et le gaz à GDF. Vous verrez comme ce sera bien, comme les prix seront plus compétitifs et comme vous serez bien plus libres!". Question prix compétitifs, ils n'étaient manifestement pas pour moi: le gaz n'a cessé d'augmenter depuis la "cission"; question pratique: ça coûte deux fois plus cher en timbres et les deux entreprises n'ont plus la même date d'encaissement.
     
     
    Aujourd'hui, avec ma facture, GDF me proposait, dans sa petite lettre d'information, de me vendre le gaz ET l'électricité, pour me faciliter la vie.
     
    J'attends maintenant avec impatience ma facture EDF: peut-être que dans sa lettre d'information, l'entreprise me proposera aussi du gaz!...
     
    July 12

    Poème (exceptionnellement) du jeudi

     
    Dormante

    Toi ma dormeuse mon ombreuse ma rêveuse
    ma gisante aux pieds nus sur le sable mouillé
    toi ma songeuse mon heureuse ma nageuse
    ma lointaine aux yeux clos mon sommeillant oeillet.
    distraite comme nuage et fraîche comme pluie
    trompeuse comme l'eau légère comme vent
    toi ma berceuse mon souci mon jour ma nuit
    toi que j'attends toi qui te perds et me surprends
    la vague en chuchotant glisse dans ton sommeil
    te flaire et vient lécher tes jambes étonnées
    ton corps abandonné respire le soleil
    couleur de tes cheveux ruisselants et dénoués
    Mon oublieuse ma paresseuse ma dormeuse
    toi qui me trompes avec le vent avec la mer
    avec le sable et le matin ma capricieuse
    ma brûlante aux bras frais mon étoile légère
    je t'attends je t'attends je guette ton retour
    et le premier regard où je vois émerger
    Eurydice aux pieds nus à la clarté du jour
    dans cette enfant qui dort sur la plage allongée

    Claude Roy, "Dormante", Clair comme le jour (1943)

    July 11

    Joli Mammouth chez Ikea

     
    Samedi, c'était mon baptême Ikea.
    - Quoi! vous entends-je penser. Comment! Toi, Joli Mammouth, adepte des pochoirs et mosaïques, manipulatrice émérite des ponçeuses électriques, marteaux, vis et clous, grande praticicenne des Brico Dépôt, Brico-marché, 4 Murs et Leroy Merlin, tu n'avais encore jamais mis les pieds dans un Ikéa!
    - Eh non! réponds-je à votre surprise.
    D'où mon baptême Ikea samedi. Et quel baptême! 
     
    A bien y réfléchir, ça avait aussi un petit côté "expédition". Nous sommes parties à quatre femmes. Vous avez bien lu "partiES"; l'expédition fut 100% féminines, les hommes préférant rester entre eux pour remplir leur unique mission: trouver une porte de garage (que d'ailleurs, jamais ils ne trouvèrent). 
    Comme toute bonne expédition, elle a été murement réfléchie: les préparatifs ont commencé la veille: d'abord, prendre des forces: avec Jessica, dégustation d'un tartare de cheval. Ensuite, retour à l'appartement de Jess, pour un repérage sur site web.
    Le lendemain, lever aux aurores. Petit déjeuner rapide et en route chez Alex, lieu du rendez-vous.
    Départ 8h tapantes. Réglage de la hauteur du volant, des rétroviseurs et nous voilà parties, Alex, Céline, Jessica et moi en Peugeot Partner gris vers Evry.  
    Deux heures plus tard, nous étions arrivées.
     
    Ikea. Pour moi qui adore les lampes, les verres, les tasses, les théières, les rideaux, les coussins, les tapis, Ikea tient de la caverne d'Ali Baba, du paradis et de l'enfer réunis. C'est un peu le supplice de Tantale, la tentation absolue. Il y en a qui vont sur une île, en ce moment, pour se frotter à la tentation. Eh bien moi, non. Je vais chez Ikéa.
    Mais j'ai su résister. Bon, d'accord, je suis tout de même revenue avec un plaid bleu marine, une petite lampe de chevet, des rideaux (et une envie folle d'y retourner pour acheter deux lustres qui seront superbes dans ma salle à manger et des étagères pour ma prochaine bibliothèque de chambre) mais point d'assiettes, de verres, de théière ou de tasses. Et croyez-moi, ça tient de l'exploit!

    LES GROS CAILLOUX

    ...ET LA PLANIFICATION EFFICACE DE SON TEMPS.

    Un jour, un vieux professeur fut engagé pour donner une formation sur « la planification efficace de son temps » à un groupe d'une quinzaine de dirigeants de grosses compagnies nord-américaines. Ce cours constituait l'un des cinq ateliers de leur journée de formation. Le vieux professeur n'avait donc qu'une heure pour " faire passer sa matière ".Debout, devant ce groupe d'élite (qui était prêt à noter tout ce que l'expert allait enseigner), le vieux professeur les regarda un par un, lentement, puis leur dit : " Nous allons réaliser une expérience ".

    De dessous la table qui le séparait des participants, le vieux professeur sortit un grand pot d’une contenance d'un gallon (plus de 4 litres) qu'il posa délicatement en face de lui.
    Ensuite, il sortit environ une douzaine de cailloux à peu près gros comme des balles de tennis et les plaça délicatement, un par un, dans le grand pot.
    Lorsque le pot fut rempli jusqu'au bord et qu'il fut impossible d'y ajouter un caillou de plus, il leva lentement les yeux vers les participants et leur demanda :" Est-ce que ce pot est plein? ".
    Tous répondirent : " Oui "
    Il attendit quelques secondes et ajouta : " Vraiment ?".
    Alors, il se pencha de nouveau et sortit de sous la table un récipient rempli de gravier.
    Avec minutie, il versa ce gravier sur les gros cailloux puis brassa légèrement le pot. Les morceaux de gravier s'infiltrèrent entre les cailloux jusqu'au fond du pot.
     
    Le vieux professeur leva à nouveau les yeux vers son auditoire et renouvela la question :
    " Est-ce que ce pot est plein ? ».
    Cette fois, les brillants participants commençaient à comprendre son manège.
    L'un d'eux répondit : " Probablement pas ! ".
    " Bien ! " Répondit le vieux professeur.
    Il se pencha de nouveau et cette fois, sortit de sous la table un chaudron rempli de sable.
    Avec attention, il versa le sable dans le pot. Le sable alla remplir les espaces entre les gros cailloux et le gravier.
    Encore une fois, il demanda : " Est-ce que ce pot est plein ? ".Cette fois, sans hésiter et en chœur, les brillants élèves répondirent "non ! "
    " Bien ! " répondit le vieux professeur.
     
    Et comme s'y attendaient les prestigieux participants, il prit le pichet d'eau qui était sur la table et remplit le pot jusqu'à ras bord. Le vieux professeur leva alors les yeux vers son groupe et demanda : "Quelle grande vérité nous démontre cette expérience ? "
    Pas fou, le plus audacieux des élèves, songeant au sujet de ce cours, répondit : " Cela démontre que même lorsque nous croyons que notre agenda est complètement rempli, si nous le voulons vraiment, nous pouvons y ajouter plus de rendez-vous, plus de choses à faire".
    " Non " répondit le vieux professeur "Ce n'est pas cela. La grande vérité que nous démontre cette expérience est la suivante : si nous ne mettons pas les gros cailloux en premier dans le pot, nous ne pourrons jamais les faire entrer tous, ensuite ".
    Il y eut un profond silence, chacun prenant conscience de l'évidence de ces propos.
    Le vieux professeur leur dit alors : " Quels sont les gros cailloux dans votre vie ? "," Votre santé ? "," Votre famille ? "," Vos ami(e) s ? "," Réaliser vos rêves ? ", " Faire ce que vous aimez ? "," Apprendre ? "," Défendre une cause ? "," Se relaxer ? ", " Prendre son temps...? "," Ou... toute autre chose ? "
     
    " Ce qu'il faut retenir, c'est l'importance de mettre ses gros cailloux en premier dans sa vie, sinon on risque de ne pas réussir...sa vie. Si on donne priorité aux peccadilles (le gravier, le sable), on remplira sa vie de peccadilles et on n'aura plus suffisamment de temps précieux à consacrer aux éléments importants de sa vie.
    Alors, n'oubliez pas de vous poser à vous-même la question : " Quels sont mes gros cailloux dans ma vie ? Ensuite, mettez-les en premier dans votre pot de vie".

    D'un geste amical de la main, le vieux professeur salua son auditoire et lentement quitta la salle.

    Trouvé sur la toile.
    Bonnes vacances à tous.
    July 08

    Poème du dimanche

    La beauté

    Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
    Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
    Est fait pour inspirer au poète un amour
    Éternel et muet ainsi que la matière.

    Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris ;
    J'unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes ;
    Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
    Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

    Les poètes, devant mes grandes attitudes,
    Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,
    Consumeront leurs jours en d'austères études ;

    Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,
    De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :
    Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !
    Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal
    July 04

    Poème du jour

     
    Fragment d'Elegies, d'André Chénier,
     
    XXII

    Quand, à la porte ingrate exhalant ses douleurs,
    Tibulle lui prodigue et l’injure et les pleurs,
    La grâce, les talents ni l’amour le plus tendre
    D’un douloureux affront ne peuvent le défendre.
    Encore si vos yeux daignaient, pour nous trahir,
    Chercher dans vos amants celui qu’on peut choisir,
    Qu’une belle ose aimer sans honte et sans scrupule
    Et qu’on ose soi-même avouer pour émule !
    Mais, Dieux ! combien de fois notre orgueil ulcéré
    A rougi du rival qui nous fut préféré !
    Oui. Thersite souvent peut faire une inconstante.
    Souvent l’appât du crime est tout ce qui vous tente.
    Et nous savons à qui de coupables moitiés
    Immolèrent Astolfe et Joconde oubliés.

    la tête à l'envers

     
    Pour écrire à l'envers sur messenger, cliquez ici:
     
     
    Merci Mike pour cette charmante adresse.
     

    je est un autre

     
    Hier, en guise de phrase de départ, une future ex-collègue m'a dit: "Vous êtes un mystère pour moi, je n'ai jamais su qui vous étiez. Je ne sais pas qui vous êtes, en tant que personne."
     
    Je ne peux pas vous dire l'effet que ça a produit en moi. Dans le fil de la discussion que nous avions, à ce moment précis (le jour de son départ), compte tenu des rapports plutôt compliqués que nous entretenions, elle et moi depuis quatre ans, les idées se sont bousculées à l'entrée. D'abord, j'ai pensé: "Tant mieux", puis: "Eh bien! Ce n'est pas en me disant cela que vous réussirez à me connaître mieux!". Mais à ces petites pensées ironiques initiales est venue se mêler insidieusement une peine immense et incontrôlée, j'avais conscience que ce n'était pas très grave, mais ma gorge s'est serrée, malgré moi; j'avais jusque là tellement l'impression d'être transparente. Le temps de respirer le plus profondément et le plus discrètement possible (pas question de montrer qu'elle avait touché un point sensible) et d'avoir la phrase qui passe en boucles et voici que pointe un soupçon d'incompréhension. Que voulait-elle dire, finalement par: "je ne vous connais pas en tant que personne"? La "personne" que je suis n'est pas différente de la prof que je suis: la colère est aussi rapide chez moi à redescendre qu'à monter; je défends bec et ongle ce en quoi je crois, je râle souvent, je cours souvent, quand je peux donner un coup de main, je le fais; j'aime finir ce que j'ai commencé, je fais ce que je dis; j'ai beaucoup de mal à cacher ce que je pense; j'agis autant par devoir que par amour, je suis aveuglément fidèle à mes amis, quoiqu'il puisse m'en coûter. Tout cela, elle l'a vu tous les jours; et je suis comme ça partout, tout le temps, avec tout le monde. Voilà en gros le flot des pensées qui ont traversé mon esprit à la vitesse Grand-V.
     
    Résultat de cette réflexion intense et muette: je l'ai regardée et je n'ai rien répondu. J'aurais pu lui dire tout ce qui venait de me traverser l'esprit, mais non: le vide: ça m'a semblé soudain tellement inutile. Que voulait-elle savoir exactement? Ma vie privée, mes parts d'ombre peut-être? C'est vrai que je ne parle jamais vraiment de ma vie, au travail. D'abord parce que ce n'est pas le lieu; parce que ce n'est pas non plus dans ma nature ni dans mon éducation. Parce qu'il faut beaucoup de confiance dans les autres pour parler de soi et que la confiance, ça peut prendre du temps... Il était évident qu'elle attendait quelque chose en guise de réponse, mais rien ne venait; et étonamment, j'avais envie de lui faire plaisir et de répondre à son attente, mais je n'y arrivais pas; alors, je lui ai raconté mes premiers mois au collège et pourquoi ils m'avaient rendue vigilante...
     
    Mine de rien, cette petite phrase m'a tout de même trotté dans la tête toute la soirée d'hier, et elle était encore là au réveil et m'a accompagnée toute cette dernière matinée de classe.
     
    Mais ce midi, j'ai compris quelque chose. J'ai discuté avec un collègue que j'aime bien. On se prle rarement, mais c'est comme ça, je le trouve gentil et je l'aime bien. A force d'avoir cette petite phrase pour compagnie, j'ai réalisé que je ne connaissais pas grand chose de sa vie, ce qui ne m'empêche pas de bien l'aimer. Et ce que je sais me suffit.
    Et depuis ce midi, je me dis que la plus peinée de nous deux, ce n'est peut-être pas moi. Mais celle qui n'a pas su se contenter de ce qu'elle savait.
    July 01

    Poème du dimanche

    Les conquérants

    Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,
    Fatigués de porter leurs misères hautaines,
    De Palos de Moguer, routiers et capitaines
    Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal.

    Ils allaient conquérir le fabuleux métal
    Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,
    Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
    Aux bords mystérieux du monde Occidental.

    Chaque soir, espérant des lendemains épiques,
    L'azur phosphorescent de la mer des Tropiques
    Enchantait leur sommeil d'un mirage doré ;

    Ou penchés à l'avant des blanches caravelles,
    Ils regardaient monter en un ciel ignoré
    Du fond de l'Océan des étoiles nouvelles.

     

    José Maria de Hérédia, Les Trophées.