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June 29 Savez-vous planter les vieilles chaussettes?Peu de billets ces temps-ci. Ce n'est pas que je n'avais pas d'histoires à raconter; j'en avais une pleine tête, les mots me venant la nuit, dans le train. Mais une fois rentrée à la maison, plus le courage, plus l'envie, comme chaque année, le tourbillon du boulot m'a happée sans que je m'en aperçoive, et me voilà, en bout de course, l'énergie et le moral dans les talons.
Il faut dire que je viens de me faire planter comme une pauvre chaussette sale qui a perdu sa jumelle (j'aurais bien dit: une grosse merde, mais bon, les grosses merdes ça se plante pas. Finalement, les chaussettes, ça ne se plante pas non plus, mais c'est moins vulgaire de dire chaussette, et ça sent moins mauvais).
Vendredi. Matin. Presque au réveil.
J'arrive au collège pour chercher un sujet d'examen (déjà, ce mois de juin se finit mal, je suis de correction d'examen!) et le premier visage que je vois est un visage -crois-je encore à ce moment-là- amical. Celui de S. Bisous, sourire, -ça va? -oui et toi? - ça va, je viens chercher un sujet. -Au fait, tu sais peut-êtrre ce qui m'arrive? - Ben non, moi tu sais, je suis toujours la dernière au courant. -Je préfèrais te le dire de vive voix plutôt quer de te le dire par mail (déjà, là, ça partait mal, j'aurais dû me méfier): en fait, je ne suis pas là à la rentrée, je vais bosser à L. C'est super non? Bon, tant pis pour notre projet qu'on devait mettre en place à la rentrée. Mais c'est pas grave; je ne pars que pour un an. On le fera l'année prochaine."
Et là, en vrac et presque en simultané me vient à l'esprit un tas de trucs: "Comment ça c'est pas grave! J'ai déjà bossé au moins dix heures sur ce p... de projet, et là elle est en train de me planter, à cinq jours de la fin. Et avec le sourire en plus!" "ça aurait été bien de prévenir avant" "Sympa la manière de le dire, elle aurait pu dire: je suis désolée, l'année prochaine je viens d'apprendre que blablablablablabla..., mais non, ça la fait marrer" "Quand je pense que moi, je n'ai pas envoyé ma candidature lors du deuxième appel parce que je m'étais déjà engagée dans ce p... de projet, je suis vraiment trop conne" "On le fera dans un an, ouais c'est ça, tu peux toujours te brosser" "Euh, elle préférais me le dire de vive voix, mais si je n'étais pas passée chercher le sujet, elle me l'aurait dit quand qu'elle me plantait, le jour de la sortie?" "La semaine dernière, elle s'engageait pour moi auprès de deux collègues pour que je travaille avec elles trois, sans m'en parler, et maintenant qu'elle m'a collée dans le truc, elle se barre, et elle nous plante toutes comme des "vieilles chaussettes salles qui ont perdu leur jumelle" "Va falloir que je passe tout mon week-end à reprendre le projet, pour le faire toute seule; fait chier, j'aurais bien aimé faire une pause, ce week-end"... plus un tas de poings fermés, de têtes de morts, de bombes qui explosent et autres objets du même genre qui envahissent les bulles de BD quand la décence l'impose.
Et parmi toutes ces idées, une autre pointe son nez: "Elle attend que tu dises quelque chose. Vite, dis quelque chose". Et là, c'est un peu comme l'expérience de physique où il s'agit de faire tourner un disque sur lequel sont peintes des bandes de couleurs: quand on le fait tourner très vite, le disque de couleurs devient tout blanc. Là, c'est pareil, assaillie par toutes ces pensées, pas une seule ne sort. La seule chose qui m'est venue à l'esprit c'est: "Bon, ben moi, je vais chercher mon sujet de français."
Et je suis partie, la plantant là comme une vieille chaussette sale qui vient de perdre sa jumelle. June 22 Poème du dimancheMaussaderieA notre époque froide, on ne fait plus l'amour.
Loin des bois endormeurs et loin des femmes nues Les pauvres vont, cherchant ces sommes inconnues Que cachent les banquiers, inquiets nuit et jour. C'était bien bon l'odeur des pains sortant du four, C'était bien beau, dans l'ouest, l'éclat doré des nues, Quand les brumes d'automne étaient déjà venues, Alors qu'on ramenait les boeufs las du labour ! Les aspirations n'étaient pas étouffées, Et dans la ville heureuse on voyait des trophées, On entendait sonner la victoire au tambour. On rêvait d'or, d'azur, de fêtes à la cour, Et du prince Charmant, filleul des belles fées. A notre époque froide, on ne fait plus l'amour ! Charles Cros (1822-1888) June 16 Citation du jour"Impitoyable dictature que celle de l’opinion dans les sociétés démocratiques ; n’implorez d’elle ni charité, ni indulgence, ni élasticité quelconque dans l’application de ses lois aux cas multiples et complexes de la vie morale. On dirait que de l’amour impie de la liberté est née une tyrannie nouvelle, la tyrannie des bêtes, ou zoocratie, qui par son insensibilité féroce ressemble à l’idole de Jaggernaut."
Charles Baudelaire, Edgar Allan Poe, sa vie et ses oeuvres. (1856) June 01 Paroles de voyageuseEntendu dans le train entre Montluçon et Vierzon:
"Son mec, il est putain mignon. On se demande comment il peut rester avec: elle, franchement, elle a un putain de caractère de con. Et en plus, qu'est-ce qu'elle est vulgaire!"
ça ne s'invente pas! |
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