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    May 28

    Aux poils

     
    Pour mon anniversaire, mes beaux parents m'ont donné de l'argent pour que je m'achète quelque chose qui me plaise. N'ayant aucun désir particulier, et ne sachant trop que choisir, j'ai finalement porté mon choix vers un ustensile indispensable à ma féminité... Non, non (je vous vois déjà sourire et avoir des pensées déplacées, tss tss...), il ne s'agit pas de ce que les catalogues de tous poils font passer pour un masseur pour visage. Non, j'ai opté pour ... (roulements de tambour)... 
    "un épilateur électrique"
    Je l'ai utilisé une seule fois... à peine. Et je ne sais lequel il faut le plus maudire des deux: l'homme (car ça ne peut être qu'un homme pour inventer des trucs pareils!) qui a eu l'idée de cet appareil de torture pour femme, ... ou le publicitaire qui fait tout pour nous faire croire que c'est totalement indolore!!! 
    May 23

    Perle du jour

    Lu dans une copie d'élève:
     
    "Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,
    Traversé çà et là par de brillants soleils;
    Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
    Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils"
     
    L'Ennemi, de Charles Baudelaire.
     
    Question: quel est le thème de ce poème?
    Réponse de l'élève: "Ce poème parle des catastrophes météo."
     
    ...
    May 18

    Poème de saison

     
    Le mai le joli mai en barque sur le Rhin
    Des darnes regardaient du haut de la montagne
    Vous êtes si jolies mais la barque s'éloigne
    Qui donc a fait pleurer les saules riverains

    Or des vergers fleuris se figeaient en arrière
    Les pétales tombés des cerisiers de mai
    Sont les ongles de celle que j'ai tant aimée
    Les pétales flétris sont comme ses paupières

    Sur le chemin du bord du fleuve lentement
    Un ours un singe un chien menés par des tziganes
    Suivaient une roulotte traînée par un âne
    Tandis que s'éloignait dans les vignes rhénanes
    Sur un fifre lointain un air de régiment

    Le mai le joli mai a paré les ruines
    De lierre de vigne vierge et de rosiers
    Le vent du Rhin secoue sur le bord les osiers
    Et les roseaux jaseurs et les fleurs nues des vignes.

    Guillaume Apollinaire, Alcools
    May 15

    A l'abordage!

     
    Ben, ça y est, je le sais: les hommes accompagnés de leurs enfants ne sont pas du tout sexy. Je viens d'en avoir la confirmation. dans le train qui me ramenait chez moi.
    Je m'était installée à une table centrale pour pouvoir écrire un peu et faire du tri dans mon vieux carnet orange. Je ne faisais pas de bruit, ne demandais rien à personne, espérant que les autres ne me demandent rien.
    Et là, une voix grave et sensuelle, super sexy me dit: "Bonjour". Je relève la tête (là, déjà: déception. Son physique est loin d'être en adéquation avec sa voix). Il est chargé d'un énorme sac à dos et accompagné d'un petit garçon. "C'est gentil, quelqu'un qui dit bonjour avant de s'asseoir en face de vous! pensai-je sur le coup." (Maintenant, je le sais, c'était pour m'ammadouer, m'attendrir, me faire penser: "Oh, comme c'est chou, un papa avec son petit garçon", afin de faire passer son véritable chieur de fils pour un petit garçon charmant... 
     
    ... Mais reprenons le fil chronologique de notre histoire.) Il a installé son sac en hauteur, placé son petit garçon en face de moi et s'est assis à côté. Je passe (presque) sous silence le fait qu'il retire ses chaussures qu'il laisse traîner au milieu du couloir pour me concentrer sur le fils en question. A qui le père donne un album sur les pirates (vous savez, ce genre d'album énorme plein d'activités: coloriage, collages, et plein d'autres activités qui se veulent ludiquo-éducatives) que le gosse en face de moi étale de tout son long sur mon petit carnet orange pendant que j'écris. Le père explique à son fils qu'il faut partager la table. Dès lors, je le sais, ça av devenir infermal. Et ça le devient, le gamin profitant de chaque fois que je relève mon stylo pour pousser un peu plus mon propre carnet et occuper toute la surface de la table. Je me dis: c'est pas grave, c'est qu'un gamin. Jusqu'à ce qu'il se mette à coller des étoiles et des têtes de morts issues de la partie "collage" de son album un peu partout. Et comme si ça ne suffisait pas à son amusement, il commence aussi à balancer ses pieds sous la table en regardant de temps en temps pour être sûr d'atteindre mes tibias en plein milieu.
    Heureusement, j'ai les tibias solides, lui la jambes trop petite et je lui jette, en guise de riposte, mon oeil à faire pleurer les enfants (si, si, j'en ai un!!!) ça le calme un peu côté jambes.
    Là, voyant qu'il devenait urgent d'occuper son fiston adoré, (et sentant que le voyage va être long!), c'est parti pour la leçon de vocabulaire toujours à partir du magnifique album "Pirates": "C'est quoi ça? -un bateau! -Et c'est quoi ça? -un drapeau de pirate! -Et c'est quoi, ça? -un perroquet? -Et c'est quoi ça? - une épée! -Non, c'est un sabre. Et c'est quoi ça? -je sais pas... -C'est un télescope que ça s'appelle!"
     
    Les lecteurs avisés comme moi auront rectifié l'erreur du papa: il ne s'agissait pas d'un télescope mais d'une longue vue; je me demande encore, d'ailleurs, ce qu'un pirate pourrait bien faire avec un télescope!
    Le père, que cet intense moment de réflexion a épuisé, se met à somnoler... C'est ce moment que le garçon choisit pour avoir plein de désirs compulsifs: "Papa, tu me donnes un tic tac." "Papa, tu me donnes un Kinder Bueno." "Papa, tu me donnes un Yop." "Papa, je veux de l'eau." "Papa, il me manque un stylo". "Papa, c'est quand qu'on arrive" (si on l'avait pas eu, il aurait manqué, celui-là!)
     
    Heureusement, c'est le moment que le train a choisi pour s'arrêter. Je suis descendue bien vite.