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March 31 Pensée du jourElle est de Mike:
"Y a pas plus con qu'un platane!"
A nous maintenant de la décliner à volonté: "être con comme un platane"... "Tu n'aurais pas été platane dans une vie antérieure?"... March 30 Unique objet...C'est décidé depuis quelques heures: les dates sont choisies, l'hôtel et le moyen de transport aussi.
Cet été, on retourne à Rome.
"Encore!" diront certains.
Eh bien oui, encore. Cette fois-ci, avec Mike et Alex.
Et portant l'espoir de voir enfin l'Ara Pacis et de marcher sur dans les pas de l'empereur Hadrien, à Tivoli. March 28 Portrait de voyageur (21)6h35: petit déjeuner. Maman attaque par son éternel "tu pourrais dire bonjour". Papa: "t'es en retard. Si tu te dépêches pas un peu, tu vas encore rater ton train. Je te préviens, si tu rates ton train, c'est pas moi qui t'emmène au collège, t'iras à pieds!".
7h05: je suis en retard. Un peu de plus et je ratais le train! Faut que j'arrête de fumer.
8h10: français: on est onze à ne pas avoir rendu la rédac. Sur 24. C'est vrai que ça craint. D'habitude, on est trois ou quatre, alors ça passe. Mais là, je sais pas ce qu'ils ont foutu, les autres... ils l'avaient pas non plus. La prof gueule et nous fait calculer combien ça fait en pourcentages. A la main! Elle veut même pas qu'on prenne la calculatrice! On est six (sur dix, elle précise bien, sur dix) à ne pas avoir rendu notre dossier de bourses. Alors, comme en plus d'être notre prof de français, c'est notre prof principale, elle regueule. Elle dit que nous sommes des irresponsables, et nos parents aussi. Il serait content, le père, s'il l'entendait!
En ce moment, elle gueule souvent la prof. Pour tout: parce qu'on lui a pas rendu les dossiers de bourses, les papiers des ministages, les dossiers d'orientation, les demandes de rendez-vous de parents, qu'on n'a pas appris nos leçons, qu'on arrive en retard. C'est chiant, ça me saoule!
9h15:anglais. La prof s'en est pris à Simon parce qu'il n'avait pas ses affaires, alors qu'elle était marquée absente au tableau d'affichage. Personne n'avait ses affaires, d'ailleurs, mais c'est lui qui a pris. Après, elle nous a fait une leçon de morale. Au bout du compte, on a fait ...quoi?... dix minutes d'anglais. A tout casser! Si au moins elle nous la faisait en anglais, sa morale! Je dis pas qu'on progresserait. On comprendrait surement rien, mais ce serait rigolo.
Je suis même pas sûr qu'elle en soit capable!
10h30: à cause de la prof d'anglais, on n'a eu que cinq minutes de récré, avant le contrôle de maths. Fait chier, la prof.
11h25: après le contrôle de maths, contrôle de musique. Je sais pas ce qu'ils ont en ce moment, les profs! mais ça me gonfle.
12h20: heureusement qu'on est mercredi.
13h30: mon train: encore en retard. C'est comme ça tous les mercredis... Par contre, ils nous attendent jamais, quad c'est nous qui sommes en retard. (ils n'attendent déjà pas l'heure normale, qua,d ils sont en avance!)
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18h05: super après-midi. J'ai discuté avec les potes sur nsm tout l'après-midi.
18h10: maman: "t'as fait tes devoirs?... Pourquoi t'as pas fait tes devoirs?"
March 25 Poème du dimancheFrançois René de Chateaubriand, in Tableaux de la nature
La Forêt
Forêt silencieuse, aimable solitude, Que j'aime à parcourir votre ombrage ignoré ! Dans vos sombres détours, en rêvant égaré, J'éprouve un sentiment libre d'inquiétude ! Prestiges de mon coeur ! je crois voir s'exhaler Des arbres, des gazons une douce tristesse : Cette onde que j'entends murmure avec mollesse, Et dans le fond des bois semble encor m'appeler. Oh ! que ne puis-je, heureux, passer ma vie entière Ici, loin des humains !... Au bruit de ces ruisseaux, Sur un tapis de fleurs, sur l'herbe printanière, Qu'ignoré je sommeille à l'ombre des ormeaux ! Tout parle, tout me plaît sous ces voûtes tranquilles ; Ces genêts, ornements d'un sauvage réduit, Ce chèvrefeuille atteint d'un vent léger qui fuit, Balancent tour à tour leurs guirlandes mobiles. Forêts, dans vos abris gardez mes voeux offerts ! A quel amant jamais serez-vous aussi chères ? D'autres vous rediront des amours étrangères ; Moi de vos charmes seuls j'entretiens les déserts. March 24 Ballade du jourAu cinéma on est parti
Avant d'être en salle obscure assis
Promenade en ville l'on fit
Au cinéma point de film on ne vit
Mais on revint avec une Wii. Poème du dimancheL'Affiche Rouge, Aragon.
Vous n'avez réclamé ni gloire ni les larmes
March 17 Un hommage à Lucie AubracMarch 15 Derrière les fenêtres (2)Tu guettes, tapi, derrière les
Fenêtres
Hier soir, tu es venu
Tu es venu les jours précédents
Je ne sais pas ce que tu cherches
Je me doute que
Tu ne viens pas en ami
Il n'est rien pour toi de ce côté des
Fenêtres
Tu guettes et tu cherches derrière les
Fenêtres
Sache que chaque fois, je te vois
Une très bonne journée.Dans mon métier, dans les périodes de blues, on se demande souvent si on sert à quelque chose, si on est utile et si on n'a pas fait trop d'erreurs, et si (et comment) on a compté dans la vie de nos élèves. On ne devrait sans doute pas penser ainsi, et limiter au maximum la charge affective qui s'installe avec le temps avec certaines classes ou certains individus, mais c'est comme ça, on s'attache... avant de les lâcher dans la nature.
On a très peu de suivi des élèves, une fois qu'ils ont quitté le collège. Parfois, surtout lors de leur première année de lycée, il y en a qui reviennent au collège pour dire bonjour aux copains et aux profs. Mais on ne les laisse pas entrer; il faut bien couper le cordon. Bien sûr, on reçoit leurs bulletins de notes de seconde. Après, plus rien. On en croise quelques uns parfois, ou dans la rue, dans une file d'attente de cinéma... "Bonjour, comment allez-vous? - Bien et toi, qu'est-ce que tu deviens?..." Et chacun reprend son chemin. Les nouvelles se font donc rares avec le temps. Lorsque l'on en reçoit de nouveau, elles sont souvent mauvaises.
Pourquoi je vous raconte ça? Aujourd'hui, j'étais en formation avec Mike aux LP de Vierzon toute la journée. Réunion avec les chefs d'établissements, puis avec les collègues et quelques élèves. Visite des ateliers... où nous retrouvons trois anciens élèves (pas toujours très simples à gérer au collège), en BAC Pro.
Midi arrive, nous allons manger à la brasserie qui se trouve d'en face. Et au moment du dessert, arrivent nos trois compères. Puis trois autres, puis encore d'autres. Ils s'étaient tous passé le mot et de deux, nous nous sommes retrouvés à douze, autour d'une bière. Elèves que nous n'avions pas revus depuis deux, trois, cinq ans même, en route pour une première d'adaptation ou pour un BTS, beaux, heureux, épanouis, apaisés et très contents de nous voir. Evocation du collège, des prises de bec que nous avons eues parfois, des "prédictions" qu'on leur avait faites et qui se sont réalisées.
En bref le meilleur des remèdes aux doutes. Une grande bouffée de bonheur (et c'était pas à cause de la bière!)
March 14 Fin sans histoire"On se retrouve par hasard dans une même fête. Et par hasard, à la même table. Chez qui? pour quelle occasion? aucune idée. Le repas se passe. Il y a des pâtes au menu. Soudain quelqu'un dit: "les pâtes vont être trop cuites; ça fait 31 minutes qu'elles cuisent." On les sauve avec de la sauce tomate. Etonamment, elles sont plutôt bonnes.
Fin de repas. Il n'y a plus personne. Des cris d'enfants viennent du jardin.
Je me mets à parler. Je pense qu'il est temps de passer à autre chose. Je lui dis que j'ai croisé sa femme il y a peu. "Elle ne t'a surement pas vue. La pauvre, elle n'y voit quasiment rien." Sourire. "Pourtant, elle m'a très bien reconuue et nous avons parlé."
je tends la main pour prendre quelque chose sur la table. Je ne sais pas ce que c'est. Ce n'est pas le sucre, je ne prends jamais de sucre dans mon café.
C'est là qu'il essaie de me prendre la main. Je ne veux pas. Je ne veux pas que ça recommence. Il sort une carte routière de sa poche arrière de pantalon et il me montre un point sur la carte. Je me lève et je sors de la maison. J'appelle. Je veux être entourée. J'ai peur. Mais personne ne vient: ils sont tous au jardin. Il me sourit, me dit que je n'ai rien à craindre. J'ai tellement peur. Je hurle. "Je ne veux pas que ça recommence". Alors, je monte dans la voiture, je ferme toutes les portes à clé et je pars. Ma dernière pensée, j'ai peur de ne pas réussir à sortir la voiture de la cours sans l'abimer.
C'est seulement à ce moment-là que je me suis réveillée, au moment où la voiture s'élance sur la route. Le coeur au bord des lèvres, la respiration courte. Je sais très bien pourquoi j'ai fait ce rêve. J'ai cru le voir, hier, dans la rue. La même démarche, dos vouté, l'allure saccadée de quelqu'un toujours en fuite. Ce n'était pas lui. ça ne pouvait pas être lui. Il n'est pas possible qu'il ait pu me retrouver. Il n'est pas possible qu'il me cherche encore. Pas si loin. Pas après si longtemps."
décembre 2005. March 12 Poème pour lundi ensoleilléBon voilà, au départ, j'avais prévu, en ce jour de soleil, de vous faire entendre les embruns de l'île de Naxos, en vous donnant à lire "Ariane", poème extrait des Trophées, de José-Maria de Hérédia. Et puis, je suis tombée sur cette comptine que mon papa me récitait et me mimait, quand j'étais petite. Et finalement, c'est peut-être mieux, pour un jour comme aujourd'hui.
Voici ma main, Regardez les cinq doigts travailler, March 10 Dies irae"J'arrive pas à le digérer", "j'y peux, rien, ça ne passe pas; ça me reste coincé là.", "ça me reste en travers de la gorge". Avez-vous remarqué comme la peine, la déception et la colère s'expriment souvent par métaphores digestives, de l'ingestion ("J'arrive pas à l'avaler, celle-là!") à ... l'éjection ("ça me fait chier")? D'ailleurs, savez-vous d'où vient le mot colère? Du mot grec cholè, qui signifie "la bile" (on doit également à cette racine grecque les mots "mélancolie" et ... "choléra").
Aujourd'hui, j'y peux rien, mais pour l'instant, ça me reste en travers de la gorge et je n'arrive toujours pas à le digérer.
Mais je sais que ça va finir par passer, d'ailleurs, ça passe toujours. Vous faites pas de bile! March 08 La mort de Balzac, par Victor HugoLe 18 août 1850, ma femme, qui avait été dans la journée pour voir Mme de Balzac, me dit que M. de Balzac se mourait. J’y courus.
M. de Balzac était atteint depuis dix-huit mois d’une hypertrophie du cœur. Après la révolution de Février, il était allé en Russie et s’y était marié. Quelques jours avant son départ, je l’avais rencontré sur le boulevard ; il se plaignait déjà et respirait bruyamment. En mai 1850, il était revenu en France, marié, riche et mourant. En arrivant, il avait déjà les jambes enflées. Quatre médecins consultés l’auscultèrent. L’un d’eux, M. Louis, me dit le 6 juillet : Il n’a pas six semaines à vivre. C’était la même maladie que Frédéric Soulié. Le 18 août, j’avais mon oncle, le général Louis Hugo, à dîner. Sitôt levé de table, je le quittai et je pris un fiacre qui me mena avenue Fortunée, n° 14, dans le quartier Beaujon. C’était là que demeurait M. de Balzac. Il avait acheté ce qui restait de l’hôtel de M. de Beaujon, quelques corps de logis bas échappés par hasard à la démolition ; il avait magnifiquement meublé ces masures et s’en était fait un charmant petit hôtel, ayant porte cochère sur l’avenue Fortunée et pour tout jardin une cour longue et étroite où les pavés étaient coupés çà et là de plates-bandes. Je sonnai. Il faisait un clair de lune voilé de nuages. La rue était déserte. On ne vint pas. Je sonnai une seconde fois. La porte s’ouvrit. Une servante m’apparut avec une chandelle. " Que veut monsieur ? " dit-elle. Elle pleurait. Je dis mon nom. On me fit entrer dans le salon qui était au rez-de-chaussée, et dans lequel il y avait, sur une console opposée à la cheminée, le buste colossal en marbre de Balzac par David. Une bougie brûlait sur une riche table ovale posée au milieu du salon et qui avait en guise de pieds six statuettes dorées du plus beau goût. Une autre femme vint qui pleurait aussi et me dit : " Il se meurt. Madame est rentrée chez elle. Les médecins l’ont abandonné depuis hier. Il a une plaie à la jambe gauche. La gangrène y est. Les médecins ne savent ce qu’ils font. Ils disaient que l’hydropisie de monsieur était une hydropisie couenneuse, une infiltration, c’est leur mot, que la peau et la chair étaient comme du lard et qu’il était impossible de lui faire la ponction. Eh bien, le mois dernier, en se couchant, Monsieur s’est heurté à un meuble historié, la peau s’est déchirée, et toute l’eau qu’il avait dans le corps a coulé. Les médecins ont dit : "Tiens !" Cela les a étonnés et depuis ce temps-là ils lui ont fait la ponction. Ils ont dit : "Imitons la nature". Mais il est venu un abcès à la jambe. C’est M. Roux qui l’a opéré. Hier on a levé l’appareil. La plaie, au lieu d’avoir suppuré, était rouge, sèche et brûlante. Alors ils ont dit : "Il est perdu !" et ne sont plus revenus. On est allé chez quatre ou cinq, inutilement. Tous ont répondu : "Il n’y a rien à faire". La nuit a été mauvaise. Ce matin, à neuf heures, monsieur ne parlait plus. Madame a fait chercher un prêtre. Le prêtre est venu et a donné à Monsieur l’extrême-onction. Monsieur a fait signe qu’il comprenait. Une heure après, il a serré la main à sa sœur, Mme de Surville. Depuis onze heures il râle et ne voit plus rien. Il ne passera pas la nuit. Si vous voulez, monsieur, je vais aller chercher M. de Surville, qui n’est pas encore couché. " La femme me quitta. J’attendis quelques instants. La bougie éclairait à peine le splendide ameublement du salon et de magnifiques peintures de Porbus et de Holbein suspendues aux murs. Le buste de marbre se dressait vaguement dans cette ombre comme le spectre de l’homme qui allait mourir. Une odeur de cadavre emplissait la maison. M. de Surville entra et me confirma tout ce que m’avait dit la servante. Je demandai à voir M. de Balzac. Nous traversâmes un corridor, nous montâmes un escalier couvert d’un tapis rouge et encombré d’objets d’art, vases, statues, tableaux, crédences portant des émaux, puis un autre corridor, et j’aperçus une porte ouverte. J’entendis un râlement haut et sinistre. J’étais dans la chambre de Balzac. Un lit était au milieu de cette chambre. Un lit d’acajou ayant au pied et à la tête des traverses et des courroies qui indiquaient un appareil de suspension destiné à mouvoir le malade. M. de Balzac était dans ce lit, la tête appuyée sur un monceau d’oreillers auxquels on avait ajouté des coussins de damas rouge empruntés au canapé de la chambre. Il avait la face violette, presque noire, inclinée à droite, la barbe non faite, les cheveux gris et coupés courts, l’œil ouvert et fixe. Je le voyais de profil, et il ressemblait ainsi à l’Empereur. Une vieille femme, la garde, et un domestique se tenaient debout des deux côtés du lit. Une bougie brûlait derrière le chevet sur une table, une autre sur une commode près de la porte. Un vase d’argent était posé sur la table de nuit. Cet homme et cette femme se taisaient avec une sorte de terreur et écoutaient le mourant râler avec bruit. La bougie au chevet éclairait vivement un portrait d’homme jeune, rose et souriant, suspendu près de la cheminée. Une odeur insupportable s’exhalait du lit. Je soulevai la couverture et je pris la main de Balzac. Elle était couverte de sueur. Je la pressai. Il ne répondit pas à la pression. C’était cette même chambre où je l’étais venu voir un mois auparavant. Il était gai, plein d’espoir, ne doutant pas de sa guérison, montrant son enflure en riant. Nous avions beaucoup causé et disputé politique. Il me reprochait " ma démagogie ". Lui était légitimiste. Il me disait : " Comment avez-vous pu renoncer avec tant de sérénité à ce titre de pair de France, le plus beau après le titre de roi de France ! " – Il me disait aussi : " J’ai la maison de M. de Beaujon, moins le jardin, mais avec la tribune sur la petite église du coin de la rue. J’ai là dans mon escalier une porte qui ouvre sur l’église. Un tour de clef et je suis à la messe. Je tiens plus à cette tribune qu’au jardin. " – Quand je l’avais quitté, il m’avait reconduit jusqu’à cet escalier, marchant péniblement, et m’avait montré cette porte, et il avait crié à sa femme : " Surtout, fais bien voir à Hugo tous mes tableaux. " La garde me dit : " Il mourra au point du jour. " Je redescendis, emportant dans ma pensée cette figure livide ; en traversant le salon, je retrouvai le buste immobile, impassible, altier et rayonnant vaguement, et je comparai la mort à l’immortalité. Rentré chez moi, c’était un dimanche, je trouvai plusieurs personnes qui m’attendaient, entre autres Riza-Bey, le chargé d’affaires de Turquie, Navarrete, le poète espagnol et le comte Arrivabene, proscrit italien. Je leur dis : " Messieurs, l’Europe va perdre un grand esprit. " Il mourut dans la nuit. Il avait cinquante et un ans. 1850. Paru dans Chez Soi en 1907. Mis en ligne initialement par le site L’Antre littéraire. March 04 Portraits de voyageurs (20)Dans le train, un vieux couple. Ou plutôt, un couple de vieux. Pas si vieux que cela, d'ailleurs. Elle, 65 ans peut-être. Lui, 70 au plus. Ils ne sont pas vieux. Ils FONT vieux. Ils marchent à petits pas, en trainant les pieds, voûtés, les genoux fléchis. Elle l'appelle "Papa", il l'appelle "Maman". "Maman" a toujours mal quelque part. "Maman" déteste le silence. Maman a peur du silence. Alors "Maman" parle. Sans arrêt. "Maman" a toujours quelque chose à dire.
"Maman" a la parole évocatrice: "Tu te souviens de la petite Jeanne, la fille de l'ancienne Nounou de Jacques?
- Qui?
- La petite Jeanne! Mais si, tu sais bien. -Franchement, Papa, t'entends moins qu'avant!- Eh bien, elle est enceinte et son mari vient de la quitter. La pauvre Nounou, elle a bien des malheurs. Déjà que l'année dernière, c'était son fils qui divorçait! ... Mais, enfin, souviens-toi, je te l'avais déjà dit.... Tu as vraiment des problèmes de mémoire. Ne hausse pas les épaules comme ça: si, tu as des problèmes de mémoire! D'ailleurs, ça me tracasse!" (Maman se tracasse souvent. Et quand Maman se tracasse, c'est en points d'exclamation).
"Maman" a la parole ragoteuse. "Maman" sait tout sur les naissances ("J'ai rencontré Madame Bigoudi, sa fille va avoir un petit garçon, elle m'a dit"), sur les malades ("Le voison est très malade, c'est la voisine qui me l'a dit"), sur les morts ("Tu as lu, le pauvre, il est mort; c'était marqué dans le journal"). "Maman" sait tout ce qui se passe.
"Maman" ne juge pas ("C'est pas pour juger mais..."), "Maman" ne se mêle jamais de ce qui ne la regarde pas ("C'est pas pour me mêler, d'ailleurs, ça ne me regarde pas, mais ils devraient ouvrir une porte fenêtre sur le devant de leur maison, tu ne trouves pas, "Papa"?"), "Maman" a un avis sur tout: "C'est beau, la clim' quand même: on a ni trop chaud, ni trop froid. Pour mes douleurs, c'est bien (car "Maman" a des douleurs). Mais, il paraît que c'est pas très bon pour la santé, tout de même. Si si, c'est vrai: je l'ai lu dans Maxi. (Eh oui! "Maman" lit aussi Maxi!)
Et Papa sait tout sur les vaches: "Ça, c'est pas de la normande, voyons! C'est de la limousine."
Et Papa se souvient: "Ça, c'est sûr, ils sont plus confortables que dans le temps!"
Papa qui doit être content parfois, d'entendre moins qu'avant et de perdre la mémoire.
March 02 Les pénitences au moyen-âgeIl y a quelques jours, un ami, taquin, m'a envoyé ce lien sur le Moyen-Âge. Je ne résiste pas à la malice de vous en faire profiter, afin de terminer la semaine en riant un brin. (Moi, le coup de poisson, je ne connaissais pas.)
Surtout, on ne se choque pas : c'est de l'histoire des mentalités. Mesdames, Messieurs, , à vos pénitences ! (ça tombe bien, on est vendredi) (Je ne vous site pas le passage, par respect pour les auteurs). |
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