Joli's profileLectures, écritures et é...PhotosBlogListsMore Tools Help

Blog


    February 16

    Classé sans suite.

    Voilà, c'est fini. C'est le dernier article sur ce blog. Pas par manque d'inspiration, pas par manque de temps (même si vous vous en doutez: je suis plus que débordée!) ou d'envie. Pas par absence de plaisir. Simplement parce que je viens de réaliser que je suis de plus en plus obligée de m'auto-censurer. Et que ça n'est pas vivable.
     
    C'est arrivé tellement de fois! La fois la plus criante, c'était alors que j'étais en train de copier en brouillon une histoire que j'avais envie de vous donner à lire. C'était plutôt long, organisé en petits chapitres; une écriture à trois voix: une voix féminine, une voix masculine et un narrateur omniscient type "oracle". Je tape une partie de la voix féminine (c'était rédigé comme un journal intime). J'enregistre le brouillon. Je laisse mon petit carnet orange ouvert, pour pouvoir finir le lendemain. JE vais me coucher. Hervé me réveille, le lendemain, furibond, prêt à crier, et me lance mon carnet, pas à la figure, mais pas loin. "Qu'est-ce que c'est que ça! tu as X pour amant (c'était dit moins gentiment que cela)! j'ai trouvé ça ouvert sur le bureau!" Et moi à essayer de lui expliquer que c'est de la littérature et que oui, bêtement, j'avais donné le nom d'un de mes amis à mon personnage masculin. Parce que ça lui allait bien, à mon personnage, et que c'était tout. Le temps m'a paru horriblement long, ce jour-là. Un pur cauchemar. Dieu merci, X était à l'autre bout du monde à la date indiquée sur ce soit-disant journal intime. J'ai ensuite pu montrer le reste: "voix masculine", "voix prophétique" avant d'être enfin crue. Je n'ai jamais rouvert mes petits carnets et je n'ai jamais fini l'histoire. J'ai supprimé le brouillon d'article. (Allez, encore un que je vais blesser au passage, pour finir en beauté!)
     
    C'est entièrement de ma faute: je n'aurais pas dû ouvrir un blog via MSN. C'était une erreur, compte-tenu des textes que j'aime écrire. Je n'ai pas beaucoup de talents, mais il y en a un que je possède (si c'en est un): c'est l'empathie. La capacité de me mettre à la place des gens. Dans de nombreux cas, il me suffit d'observer les gens et je connais leur humeur, à quoi ils pensent, ce qui se cache derrière leurs réactions. C'est un atout formidable quand on est au contact d'ados. Parfois, c'est redoutable d'apercevoir tous les non-dits, les petites lâchetés, les peurs, les rancoeurs. Et c'est pour ça que j'écris souvent en point de vue interne. Je n'y peux rien, c'est plus simple pour moi, de me mettre à la place de mon personnage. C'est comme ça que fonctionnent les portraits de voyageurs. Entre ce type d'écrits et des pages plus personnelles. C'est toujours "je". Mais "je" n'est pas toujours moi. Avec des lecteurs anonymes, toutes ces distinctions n'ont pas d'importance. Avec les gens que je connais, elles en ont, et tout le monde ne fait pas la différence. Et je n'ai pas envie de passer du temps à me justifier, à expliquer que "je" est un autre, ou que "je", c'est moi en partie, ou qu'il faut distinguer le fait de sa retranscription littéraire.
     
    Pendant longtemps, je ne me suis projetée que dans ces lecteurs anonymes. Je n'avais pas réalisé, par absence de commentaires que j'étais lue aussi par mes contacts MSN. Depuis que je le réalise pleinement, je m'auto-censure: ne pas écrire tel truc, parce que c'est inventé mais l'écriture à la première personne pourrait laissé penser qu'il s'agit de moi. Ou inversement avoir besoin de vider son sac, mais ne pas pouvoir le faire, pour ne pas blesser...
     
    Les blogs, ici peuvent être destinés uniquement aux seuls contacts, ou à tout le monde; en fait - et que personne ne prenne mal ce que je vais dire! - j'aurais besoin qu'il puisse être accessible à tout le monde, sauf à mes contacts, pour retrouver une liberté de parole et de ton que je ne me permets plus.
     
    Peut-être que je reprendrai, un jour, ici, quand le temps aura suffisamment passé. Peut-être -et même plus sûrement- ailleurs. ...  Mais personne n'en saura rien!