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    November 05

    Portrait de voyageur (32)

     

    Une voiture à compartiments. ça m'évoque toujours les vieux films en noir et blanc et les romans d'Agatha Christie...

     

    Compartiment à huit places. Un homme, côté fenêtre, avec une console de jeu dans les mains. Assis dans le sens de la marche.

    Une femme rentre, s'asseoit, sur la même rangée de sièges. Côté couloir à l'autre bout.

    Deux hommes entrent, en grande discussion. L'un habillé façon col-blanc raconte comment, au prix de plusieurs infractions au code de la route, il a réussi à rallier B. à V. en moins de cinquante quatre minutes  "aux heures de pointe" pour pouvoir monter dans ce train. Ils s'asseoit sur la rangée de sièges en vis à vis des deux autres. Mais pas l'un à côté de l'autre. Ils laissent un siège entre eux deux.

     

    Il reste quatre places dans le compartiment. Le train se remplit petit à petit. Il y a du monde pour prendre ce train. Vingt personnes au moins sont passées devant le compartiment depuis que les deux hommes s'y sont installés. Aucune n'est entrée. Il ne reste que les places intercalaires laissées par les autres. Ils vont aller jusqu'au bout du train. Un lycéen rentre. Il regarde où s'asseoir. Il choisit à côté de la femme, dans une posture de contorsionniste. Surtout, ne pas prendre le risque de toucher l'autre. Retenue, méfiance, timidité, vieilles résurgences d'instincts animaux refoulés, sensibilité aux odeurs, confort revendiqué... tout cela à la fois, probablement... Mais surtout, ne pas toucher l'autre, même de la pointe du coude. Cette manière de se placer de façon à éviter le contact...

     

     

    Le col-blanc parle à son téléphone: il lui donne des ordres concernant sa messagerie. Nouvelle ère, après l'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux, l'homme qui murmure au microphone de son téléphone. Enfin, qui murmure, c'est vite dit. Il sort pour passer un appel. Il laisse la porte ouverte et parle très fort.

    La femme farfouille dans le tonneau des Danaïdes qui lui sert de sac à main et en extirpe un livre. L'homme en face d'elle (le copain du col blanc) en regarde furtivement le titre; il s'agit de La confusion des Sentiments, de S. Sweig. Il a sorti un livre lui aussi Le Cavalier Suédois de L. Perutz. Elle aussi jette un coup d'œil au titre du livre. Je peux me tromper mais on jurerait que chacun des deux a fait un signe de tête d'approbation. Chacun jauge la lecture de l'autre en connaisseur.

     

    L'homme au téléphone est rentré dans le compartiment. Le contrôleur annonce l'arrivée en gare. Tout le monde descend.

    November 04

    Choses qui donnent envie de se lever le matin

     

    Savoir qu'on est en vacances et qu'il n'y a pas d'urgence à se lever.

    Le chant des oiseaux.

    Savoir qu'une fois la journée passée, le week-end commence...

    La veille de Noël.

    Ne pas avoir fermé les volets la veille et voir les toits d'en face recouverts de neige. Et la hâte de sortir, pour voir combien de centimètres de neige se sont déposés sur le monde pendant la nuit. Alors, on sait qu'on a quelques minutes pour profiter de ce paysage totalement blanc, avant que l'activité humaine ne reprenne ses droits, et que la neige se souille.

    Un rendez-vous galant.

    Un départ en vacances.

    Des puces dans le lit.

    Lorsque je rentre chez mes parents, en Normandie, passer quelques jours. 

    Un bain à la mer.

    Sentir qu'il fait beau.

    Mon anniversaire. Parce que je sais que mon amour me prépare toujours une petite surprise pour mon anniversaire.

    L'achat des cadeaux de Noël, l'impatience de faire les magasins à la recherche du cadeau qui fera plaisir à ceux que l'on a envie de choyer. Même si ce plaisir sera de courte durée: une fois dans la cohue, je n'ai souvent plus qu'une envie: rentrer bien vite à la maison et me recoucher!

    November 03

    Sans vouloir vous commander...

    Mes beaux-parents sont des emmerdeurs. Champions du monde toutes catégories. A finir par croire que j'ai dû faire des choses bien viles dans une vie antérieure et qu'ils sont uniquement là pour me pourrir la vie et me les faire payer. Bien sûr, c'est à Belle-Maman que revient la médaille d'or.

    Que je vous raconte sa dernière lubie:

    En ce moment, nous refaisons notre salle à manger. (Bon, nous n'en sommes qu'aux préliminaires: décoller le papier, reboucher les trous, lessiver, etc...ET vider la salle à manger). Il se trouve que nous possédons le landau de Belle-Maman, un vieux landau des années 40, que mon cher et tendre a restauré de ses mains (Ah! quel bonheur d'avoir un mari bricoleur!). Il l'a récupéré à la mort de son grand-père, lorsque sa grand-mère a vendu la maison et redistribué ses vieux meubles entre ses enfants et ses petits-enfants. Elle s'est installée dans un appartement avec des meubles tout neufs achetés avec l'argent de la vente de sa maison. Chacun a donc pris ce qui lui plaisait. Et mon époux a récupéré ce landau et une armoire qui nous sert aujourd'hui de vaisselier, dont personne ne voulait.

     

    Quel rapport avec le début de l'article? me demanderez-vous. Eh bien, ce fameux landau trône bien tranquille dans notre salle à manger où il nous sert de range-documents, sans faire de mal à personne. Il a rien demandé, lui, le landau. Surtout pas à Belle-Maman, qui décide de se rappeler aux bons soins du landau et qui nous sort - Attention; je vais profiter de cette anecdote pour vous décoder le langage "Belle-Maman"  :

     

    - Dis, Hervé (déjà, ça part mal: elle ne s'adresse qu'à son fils, elle veut donc aborder une question délicate, qui lui tournicotte dans la tête depuis plusieurs jours), puisque vous refaites votre salle… (silence), j'ai pensé (silence) (aïe, vraiment ça part TRES mal: quand elle pense, c'est jamais bon signe; elle a encore une idée à la c… ; et en plus, y a un silence-comment-je-vais-amener-la-chose-sur-le-tapis-pour-qu’on-me-dise-oui), mon landau* (nous y voilà: SON landau; elle n'en a pas voulu mais maintenant, c'est son landau), vous n'allez surement pas le remettre, quand vous aurez refait votre salle* (??? ... !!! ... ???). Et donc, j'ai pensé* (encore!) que vous pourriez peut-être * le donner au musée du jouet de la Ferté ( !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!). Enfin, je dis ça... sans vouloir vous commander (Belle-Maman = grosse menteuse; t'aimerais bien pourtant, c'est pas faute d'essayer, même! Mais tu peux pas!)

     

    Réponse d'Hervé: - ...

    Moi: - Non.

    Belle-Maman: - Enfin, je disais ça comme ça* (ben voyons!), au cas où vous n'en voudriez plus.

    Re-réponse d'Hervé: - ...

    Re-moi: -Non.

     

    D'expérience, dans ce genre de cas, Hervé ne dit rien ; ça évite de dire non, donc les discussions à n'en plus finir, et tout ce qui va avec, notamment les sanglots et le sempiternel refrain du "tu nous aimes plus, et puis, tu viens jamais nous voir".

    D'expérience, moi, dans ce genre de cas, je m'exprime autant que possible par monosyllabes; d'abord, ça coupe court aux discussions sus-nommées et ça évite que mes propos ne soient mal interprétés et déviés de leur but premier pour être retenus contre moi (je vous raconterai, à l'occasion). 

    Et puis, on est rôdés, maintenant: sur le coup de penser à une seconde vie pour NOS meubles, il faut savoir que Belle-Maman est une récidiviste: elle a déjà essayé avec l'armoire... celle dont je vous parlais au début de ce billet. 

    Une chance, en fin de compte, qu'elle ne veuille pas nous commander!

     

    Le 28 mai.

     

    *Ajouter un silence à chaque astérisque

    Choses à faire que l'on remet à plus tard

     

    Sauter en parachute, apprendre l'Hébreu, apprendre l'Arabe, me remettre au sanskrit, apprendre vraiment l'Italien, perdre trois kilos, ranger mon bureau pour de vrai, me remettre au grec, lire la Divine Comédie, m'offrir un baptême en ULM, apprendre à piloter un avion, visiter Carthage, faire le tour de la Grèce, retourner à Bristol, faire le tour de l'Islande, avoir l'agreg. Me rendre aux îles Marquises, terminer au moins une des nouvelles que j'ai écrites et laissées en plan, prendre des cours de dessin, lire La Légende des Siècles en entier, faire le Louvre en une seule fois (mais pas en un seul jour!), refaire de la dentelle, faire du sport deux heures par semaine, monter en haut d'un phare, apprendre à relier des livres.