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Alexis de Tocqueville, si actuel!"Les hommes des temps démocratiques ont besoin d’être libres, afin de se procurer plus aisément les jouissances matérielles après lesquelles ils soupirent sans cesse.
Il arrive cependant, quelquefois, que le goût excessif qu’ils conçoivent pour ces mêmes jouissances les livre au premier maître qui se présente. La passion du bien-être se retourne alors contre elle-même et éloigne sans l’apercevoir l’objet de ses convoitises. Il y a en effet un passage très périlleux dans la vie des peuples démocratiques. Lorsque le goût des jouissances matérielles se développe chez l’un de ces peuples plus rapidement que les lumières et que les habitudes de la liberté, il vient un moment où les hommes sont emportés et comme hors d’eux-mêmes à la vue de ces biens nouveaux qu’ils sont prêts à saisir. Préoccupés du seul soin de faire fortune, ils n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la fortune particulière de chacun d’eux à la prospérité de tous. Il n’est pas besoin d’arracher à de tels citoyens les droits qu’ils possèdent : ils les laissent volontiers échapper eux-mêmes. L’exercice de leurs devoirs politiques leur paraît un contretemps fâcheux qui les distrait de leur industrie. S’agit-il de choisir leurs représentants, de prêter main-forte à l’autorité, de traiter en commun la chose commune, le temps leur manque ; ils ne sauraient dissiper ce temps si précieux en travaux inutiles. Ce sont là jeux d’oisifs, qui ne conviennent point à des hommes graves et occupés des intérêts sérieux de la vie. Ces gens là croient suivre la doctrine de l’intérêt, mais ils ne s’en font qu’une idée grossière et, pour mieux veiller à ce qu’ils nomment leurs affaires, ils négligent la principale, qui est de rester maîtres d’eux-mêmes. Les citoyens qui travaillent ne voulant pas songer à la chose publique, et la classe sociale qui pourrait se charger de ce soin pour meubler ses loisirs n’existant plus, la place du gouvernement est comme vide. Si, à ce moment critique, un ambitieux habile vient à s’emparer du pouvoir, il trouve que la voie à toutes les usurpations est ouverte. Qu’il veille quelque temps à ce que tous les intérêts matériels prospèrent, on le tiendra aisément quitte du reste. Qu’il garantisse surtout le bon ordre. Les hommes qui ont la passion des jouissances matérielles découvrent d’ordinaire comment les agitations de la liberté troublent le bien-être, avant que d’apercevoir comment la liberté sert à se le procurer ; et, au moindre bruit des passions publiques qui pénètre au milieu des petites jouissances de leur vie privée, ils s’éveillent et s’inquiètent ; pendant longtemps, la peur de l’anarchie les tient sans cesse en suspens et toujours prêts à se jeter hors de la liberté au premier désordre. Je conviendrai sans peine que la paix publique est un grand bien ; mais je ne veux pas oublier cependant que c’est à travers le bon ordre que tous les peuples sont arrivés à la tyrannie. Il ne s’ensuit pas assurément que les peuples doivent mépriser la paix publique ; mais il ne faut pas qu’elle leur suffise. Une nation qui ne demande à son gouvernement que le maintien de l’ordre est déjà esclave au fond du cœur ; elle est esclave de son bien-être et l’homme qui doit l’enchaîner peut paraître. Le despotisme des factions n’y est pas moins à redouter que celui d’un homme. Lorsque la masse des citoyens ne veut s’occuper que d’affaires privées, les plus petits partis ne doivent pas désespérer de devenir maîtres des affaires publiques. Il n’est pas rare de voir alors, sur la vaste scène du monde, ainsi que sur nos théâtres, une multitude représentée par quelques hommes. Ceux-ci parlent au nom d’une foule absente ou inattentive ; seuls, ils agissent au milieu de l’immobilité universelle ; ils disposent, suivant les caprices, de toutes choses ; ils changent les lois et tyrannisent à leur gré les mœurs ; et l’on s’étonne, en voyant le petit nombre de faibles et d’indignes mains dans lesquelles peut tomber un grand peuple." De la Démocratie en Amérique, 1850. Portrait d'élèveElle a dit: "Change de place."
J'ai demandé: "Pourquoi?"
Elle a dit: Tu changes de place et c'est tout!"
Alors, j'ai envoyé valser ma chaise.
Elle a crié: "Dehors!"
Je suis sorti. J'ai claqué la porte et toutes les portes anti-feu se sont fermées autour de moi.
l'alarme s'est mise à hurler.
Tout le monde est sorti en courant.
Elle m'a regardé et a fait: "C'est toi?" ou "C'est toi!" - Elle criait tellement; je n'ai pas reconnu le point.
J'ai dit: "Non. C'est pas moi!"
J'ai senti mes yeux rougir. J'ai serré ma gorge.
J'ai pu dire: "C'est pas moi. Pourquoi vous m'accusez comme ça?!"
Ma voix a tremblé. Alors, je n'ai plus rien dit.
*
Après, je ne sais plus très bien, je n'ai pas bien entendu ce qu'elle a dit; ça bourdonnait dans ma tête... Les mots qu'elle disait... Il fallait tellement que je garde le contrôle, pour ne pas crier, ne pas la bousculer et ne pas pleurer. Surtout ne pas pleurer. Pas devant elle. Pourquoi elle m'accusait comme ça? Pourquoi elle m'en veut à ce point. Elle en a toujours après moi.
Elle, elle continuait à crier. Je crois que j'ai entendu vaguement les mots "hasard", "coïncidence", "bizarre". Le reste, c'était juste du cri. Je n'ai rien dit. De toute façon, ça ne servait à rien. J'avais juste envie qu'elle se taise et qu'elle me laisse tranquille. Pour que je puisse avaler les larmes que j'avais de coincées dans la gorge.
*
La prof principale, elle dit que je dois me comporter bien, que je dois grandir un peu, me mettre à la place des profs et comprendre pourquoi ça les agace quand je parle ou quand je rigole en cours. C'est plutôt à l'autre qu'elle devrait dire ça! Franchement, est-ce qu'elle se met à notre place, quand elle nous hurle dessus et qu'elle nous engueule?
Elle est sympa la prof principale, mais parfois, on dirait qu'elle vit sur une autre planète. Je ne lui dirai jamais (je ne voudrais pas qu'elle s'inquiète - et en plus elle me ferais encore la morale!), mais l'autre, c'est mort, je ne lui pardonnerai jamais! Surtout maintenant qu'ils ont retrouvé celui qui a fait ça!
November 26 Otage libéréeça y est, c'est fait; j'attendais quelques jours pour en être vraiment certaine, mais ça y est: je suis enfin une otage libérée. Parce que, comme vous le savez tous, pendant neuf jours, comme des milliers (que dis-je, des milliers, des millions!!!) de françaises et français, j'ai été prise en otage. Oh, pas par les cheminots, qui essaient de défendre bec et ongles ce que nous avons tous déjà perdu depuis longtemps. Non, c'est par les médias que j'ai été bel et bien été prise en otage, qui -opprobre sur eux!- ont utilisé ce mot, pour décrire une situation qui n'avait rien de comparable avec une prise d'otages et qui, eux, en revanche, ont utilisé toutes les techniques de manipulation et d'intimidation possibles:
D'abord, le matracage: c'était la grève partout, tout le temps: à la radio, à la TV; au flash de 6h, au journal 6h30, au flash de 7h... et puis de nouveau, aux infos de midi, au JT de 13h... au flash de 17h, au JT de 20h. On n'en sortait jamais.
Puis y aller d'un petit coup d'intox afin de discréditer discréditer les grévistes; ils ont ressorti la prime sur le charbon, les énormes approximations sur les salaires... Ensuite, faire vibrer notre corde sensible, jouer sur le pathos et la souffrance partagée. Sous prétexte d'information, des "reportages" sur les cas désespérés d'une femme qui prenait son vélo pour se rendre à son travail à Paris, arrêtée le long du trottoir, un plan de Paris à la main, totalement égarée, parce que jusqu'alors, elle prenait le bus et ne regardait jamais l'itinéraire; ou encore de ce pauvre homme, qui grève des instituteurs oblige (ben oui, parce qu'il n'y a pas eu que les cheminots à faire la grève, mais aussi ces vilains nantis de profs, n'est-ce pas? Oh! les vilains profs pas gentils tout plein!), a été obligé de poser un jour de RTT et demmener ses enfants au zoo.Puis re-intox: (au cas où la première dose n'aurait pas suffi et surtout parce que quelques inconscients ont rétabli la vérité entre temps) la manifestation anti-grève, où s'exprimait une dame en vison qui contestait cette grève qui l'empêchait de prendre son métro et son RER en manteau de vison.
Et enfin, développer la paranoïa de l'audi-télespectateur et instaurer un climat de psychose: chaque journaliste y allant de son épée de Damoclès: la grève génère de la violence; la grève provoque des maladies; entraîne des arrêts de travail et creuse le trou de la Sécu; la grève va-t-elle déclencher des dépressions nerveuses? (authentique!) et la pire de toute: la grève va-t-elle compromettre Noël?
J'ai repris ma voiture, je partais plus tôt, rentrais plus tard; j'ai accumulé plus de fatigue, plus de stress et j'avais hâte de pouvoir reprendre le train. Mais bon, c'était supportable. Mais je n'habite pas Paris, me rétorquera-ton. Non, je n'habite pas Paris. Et ça a dû être nettement moins pénible pour moi que pour beaucoup, je ne le nie pas. Mais je sais aussi que ça aurait été plus vivable si nous avions pu en sortir un peu, de ces grèves, en rentrant à la maison, ce qui n'était pas le cas.
La perle du jour...Dans une copie de 3ème:
"Mes parents m'ont raconté qu'ils allaient se promener lorsque ma mère a perdu les os."
Ce n'est pas la première année que je la retrouve dans leurs écrits autobiographiques, mais d'année en année, je ne m'en lasse pas!
November 25 Poème du dimancheL'angélus du matinFauve avec des tons d'écarlate,Une aurore de fin d'été Tempétueusement éclate A l'horizon ensanglanté. La nuit rêveuse, bleue et bonne Pâlit, scintille et fond dans l'air, Et l'ouest dans l'ombre qui frissonne Se teinte au bord de rose clair. La plaine brille au loin et fume. Un oblique rayon venu Du soleil surgissant allume Le fleuve comme un sabre nu. Le bruit des choses réveillées Se marie aux brouillards légers Que les herbes et les feuillées Ont subitement dégagés. L'aspect vague du paysage S'accentue et change à foison. La silhouette d'un village Paraît. - Parfois une maison Illumine sa vitre et lance Un grand éclair qui va chercher L'ombre du bois plein de silence. Çà et là se dresse un clocher. Cependant, la lumière accrue Frappe dans les sillons les socs Et voici que claire, bourrue, Despotique, la voix des coqs Proclamant l'heure froide et grise Du pain mangé sans faim, des yeux Frottés que flagelle la bise Et du grincement des moyeux, Fait sortir des toits la fumée, Aboyer les chiens en fureur, Et par la pente accoutumée, Descendre le lourd laboureur, Tandis qu'un choeur de cloches dures Dans le grandissement du jour Monte, aubade franche d'injures, A l'adresse du Dieu d'amour ! Paul Verlaine November 21 La grotte de Romulus et Remus retrouvée"La grotte où selon la légende la louve aurait allaité Romulus et Rémus, les fondateurs de Rome, a été retrouvé sur le mont Palatin, dans le coeur de la capitale, a annoncé mardi le ministre de la Culture, Francesco Rutelli."
La suite de l'article et les premières photographies de la grotte sont à cette adresse:
Vous allez voir, c'est magnifique!
D'autres précisions sont à cette adresse:
Bonne lecture!
Poème du dimancheJ'aime l'aube aux pieds nus qui se coiffe de thym,
Les coteaux violets qu'un pâle rayon dore, Et la persienne ouverte avec un bruit sonore, Pour boire le vent frais qui monte du jardin, La grand'rue au village un dimanche matin, La vache au bord de l'eau toute rose d'aurore, La fille aux claires dents, la feuille humide encore, Et le divin cristal d'un bel oeil enfantin. Mais je préfère une âme à l'ombre agenouillée, Les grands bois à l'automne et leur odeur mouillée, La route où tinte, au soir, un grelot de chevaux, La lune dans la chambre à travers les rideaux, Une main pâle et douce et lente qui se pose, "Deux grands yeux pleins d'un feu triste", et, sur toute chose Une voix qui voudrait sangloter et qui n'ose...
Albert Samain November 16 Portraits de voyageurs (27)Un homme et une femme, assis l'un en face de l'autre. Je suis assise trop loin pour comprendre exactement ce qu'ils disent. Je perçois des bribes au passage: "boulot"... "collègues"..., "les vacances"... "les enfants"... . Mais leurs corps parlent d'autre chose. Leurs voix chantent cette chanson feutrée des apartés. Elle a les yeux qui brillent. Elle minaude un peu. Ses yeux à lui ne la quittent pas et lui sourit sans cesse. Je pense: ils sont heureux de se retrouver ensemble dans ce train. Cela sent les retrouvailles. Le train a démarré. Ils ont oublié la foule du train, ils parlent un peu plus fort. Ils se parlent par allusions; elle a les joues un peu plus rouges. A ce moment-là je crois - non; je sais - : ils ont eu une histoire ensemble, ces deux-là. Je le sais à la manière dont ils se parlent; à la manière dont le souvenir de cette histoire vient de les rendre beaux, tout à coup.
Je crois: si le hasard s'en mêle, ils vont reprendre leur histoire là où elle s'est arrêtée. Je le sens, à la manière dont ils cherchent à prolonger le temps, à prolonger la parole, ils parlent de choses banales, mais avec une infinie tendresse. Parler, parler. De n'importe quoi, cela importe peu, pourvu que ne casse pas ce fil tendu et fragile qui les retient l'un à l'autre. Même une fois le train en gare, ils parlent sur le quai. Parler. Pour retarder le moment de la séparation. Je me demande: qu'est-ce qui a pu les séparer? Il y avait tellement d'amour dans le regard de ces deux-là...
November 11 Poème du dimanche 11 novembreLes mains d'Elsa Donne-moi tes mains pour l'inquiétude Lorsque je les prends à mon pauvre piège Sauras-tu jamais ce qui me traverse Ce que dit ainsi le profond langage Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent November 08 TTMHIl y a au moins trois ans (à la louche) qu'en grande fan de Mel Gibson et inconditionnelle des Arme Fatale, j'utilisais quasi-quotidiennement l'expression "Parle à ma main", beaucoup moins vulgaire et tout aussi parlant que l'équivalent trivialo-sexuelo-scatologique "Parle à mon c...".
Oyez, oyez, braves gens! Hommage est rendu à cette formidable expression. ICI: (merci Mike!)
Mythologie circonstancielleConnaissez-vous le cas-Cassandre?
Eh bien, Cassandre était la fille du roi de Troie, Priam. Aimée et courtisée par Apollon, elle se promit à lui en l'échange de l'art de la divination. Mais une fois l'art divinatoire obtenu, elle laissa le pauvre Apollon en plan (je dis "le pauvre", car il n'a jamais été très heureux en amour). Celui-ci, pour se venger, lui retira l'art de convaincre ceux qui l'écoutait. Ce qui fait que tous les Troyens ne prirent jamais les prédictions de Cassandre au sérieux, et se convainquirent souvent que la jeune fille avait une sérieuse araignée au plafond. C'est dommage, car elle leur prédit le malheur qu'occasionnerait le voyage de Pâris à Sparte, le danger du cheval et la destruction de la ville...
Ne nous prosternons pas trop vite devant le cheval, si nous ne voulons que ce soit nous, qui courbions l'échine... November 04 Poème du dimanche 4 novembreJe te donne ces vers...Je te donne ces vers afin que si mon nom
Aborde heureusement aux époques lointaines, Et fait rêver un soir les cervelles humaines, Vaisseau favorisé par un grand aquilon, Ta mémoire, pareille aux fables incertaines, Fatigue le lecteur ainsi qu'un tympanon, Et par un fraternel et mystique chaînon Reste comme pendue à mes rimes hautaines ; Etre maudit à qui, de l'abîme profond Jusqu'au plus haut du ciel, rien, hors moi, ne répond ! - Ô toi qui, comme une ombre à la trace éphémère, Foules d'un pied léger et d'un regard serein Les stupides mortels qui t'ont jugée amère, Statue aux yeux de jais, grand ange au front d'airain ! Charles Baudelaire, Les FLeurs du Mal. |
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