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    November 30

    Se faire un monde (1)

     
    Dans la nuit, il garde mes rêves d'océans et d'Indiens.
    Dans la nuit, il garde ma respiration...
     
    Avant de partir il a posé sur la fraîcheur de mon sourire la chaleur d'un baiser langue de chat.
    Dehors, sur la voie, des voix, des cris, des voix
    Et dans l'air, la fraîcheur de son éclat de rire, après laquelle je cours...
     
     
    Atelier d'écriture, 30/11/06
    November 28

    Portraits de voyageurs (16)

     
    "J'y avais jamais vraiment pensé, avant. On se connaît depuis la maternelle au moins. Quand on était petits, on pouvait pas se sentir. On se bagarrait tout le temps. Je crois que c'est au collège qu'on a commencé à bien s'entendre.
     
    *
     
    Je regarde son reflet dans la vitre. Je fais semblant de regarder le paysage défiler. Je n'ose pas la regarder en face; je ne voudrais pas qu'elle voit que je la regarde. Qu'elle s'imagine des trucs. Et je ne voudrais pas que les autres s'en aperçoivent non plus. Déjà que tous les jours, j'ai le droit à leurs regards narquois et à leurs sous-entendus. Là, je suis sûr qu'il y en a au moins un qui nous observe. Comme si c'était une évidence.
     
    *
     
    Est-ce que je suis amoureux? J'en sais rien. J'ai jamais été amoureux. J'ai eu une copine, en seconde. 15 jours. Mais c'était un peu pour faire comme mes copains qui sortaient tous avec une fille à ce moment-là; un peu aussi pour qu'elle me foute la paix. Je m'en souviens: Caroline, elle s'appelait, et elle me collait sans arrêt. Alors, je suis sorti avec elle et je l'ai larguée. Après, elle m'a fichu la paix.
     
    *
     
    Si je suis amoureux d'elle? J'en sais rien, moi. Jusqu'à ce qu'ils me tannent avec ça, je ne m'étais jamais posé la question. Maintenant qu'ils m'ont mis cette idée en tête, j'arrête pas d'y penser... Non, je-ne-suis-pas-a-mou-reux. On s'entend bien, c'est tout... Et puis, quand elle est là, souvent, elle m'énerve. Elle veut toujours tout commander. Souvent aussi, comme elle est meilleure que moi en physique, elle se met à m'expliquer; on dirait une maîtresse d'école autoritaire, dans la manière dont elle me parle, un peu comme celle qu'on a eue en CP; genre: je sais tout mieux que toi, alors tais-toi et écoute.
    Elle m'agace quand elle fait ça!
    Par contre, quand elle n'est pas là, je pense à elle souvent. Surtout quand je regarde un bon film ou que je fais un truc sympa, je me dis que ce serait chouette si elle était là. Que ce serait chouette de voir ou de faire tout ça avec elle.
     
    *
     
    Je ne comprends pas pourquoi je pense à elle tout le temps comme ça. Et puis, ça sert à rien. Elle a déjà un mec. Un vrai con. Encore pire que celui d'avant. Il la rend bête; elle qui ne se laisse jamais faire, elle s'écrase devant lui. Des fois, il lui parle comme à un chien et elle, elle ne dit rien.
    Depuis qu'elle est avec lui, on se voit carrément moins ("Il aime pas qu'on se voit", il paraît). Sauf quand il n'a pas envie de la voir. Alors, on bosse ensemble, la physique et les maths surtout. Et puis, je la vois dans le train. Le matin, et le soir. Et là, c'est un peu comme avant, quand elle ne sortait pas avec lui.
     
    *
     
    C'est vrai qu'elle est jolie. Je le remarque seulement à regarder son reflet dans la vitre. ça me donne chaud, tout à coup. Merde, je crois que je me mets à rougir. Faudrait pas qu'elle le voit. Ils ont peut-être raison après tout, je suis peut-être amoureux!
     
    Et je fais quoi, moi, maintenant?"

    Instantané

     
    Vous savez ce que je suis en train de faire, tout en écrivant? Je mange une langue de chat...
    ... Juste pour le plaisir de la réminiscence.
    November 26

    Poème du Dimanche

     
    Que le bonheur arrive lentement
     
    Que le bonheur arrive lentement!
    Que le bonheur s'éloigne avec vitesse!
    Durant le cours de ma triste jeunesse,
    Si j'ai vécu, ce ne fut qu'un moment.
    Je suis puni de ce moment d'ivresse.
    L'espoir qui trompe a toujours sa douceur,
    Et dans nos maux du moins il nous console;
    Mais loin de moi l'illusion s'envole,
    Et l'espérance est morte dans mon cœur.
    Ce cœur, hélas! que le chagrin dévore,
    Ce cœur malade et surchargé d'ennui,
    Dans le passé veut ressaisir encore
    De son bonheur la fugitive aurore,
    Et tous les biens qu'il n'a plus aujourd'hui;
    Mais du présent l'image trop fidèle
    Me suit toujours dans ces rêves trompeurs,
    Et sans pitié la vérité cruelle
    Vient m'avertir de répandre des pleurs.
    J'ai tout perdu; délire, jouissance,
    Transports brûlants, paisible volupté,
    Douces erreurs, consolante espérance,
    J'ai tout perdu : l'amour seul est resté.
     
    Chevalier Evariste de Forges de Parny (1753-1814)
    November 24

    Spectacle du moment

     
    Connaissez-vous Jean-Jacques Vanier? Non? Eh bien, il est en tournée en ce moment et son spectacle est vraiment très drôle, et très subtil.
     
     
    Alors, si vous voyez cette affiche sur le mur d'un théâtre, n'hésitez pas, entrez.
     
    Pour le découvrir, vous pouvez aller là aussi:
     
     
     

    Drôle de semaine.

     
    Drôle de semaine que cette semaine-là. J'ai eu l'impression de courir après le temps. D'abord, parce que j'ai eu la bonne idée de m'inscrire à l'agrégation, cette année. Avec une stagiaire, deux trois projets en cours et des heures sup en veux-tu en voilà, je ne sais pas très bien ce qui m'a pris. Enfin, je l'ai fait, et il y a quelques jours, j'ai même persisté et signé (car, c'est tout un parcours, pour s'inscrire à l'agrégation: on s'inscrit une première fois et une fois inscrit, il faut confirmer qu'on s'inscrit, au cas où la première fois, on se serait inscrit par erreur, je suppose). Ensuite, il faut montrer patte blanche ... et surtout duplicata des diplômes. Et rien à faire. L'administration est intraitable: pas de photocopie de diplôme, pas d'inscription au concours. ça a beau être un concours interne, ils ont beau vous avoir dans leurs archives depuis 10 ans, dans leurs bureaux, ils ont au moins trois copies successives de vos diplômes, demandées déjà demandées en d'autres occasion, eh bien, non, il faut recommencer. Alors qu'ils connaissent votre carrière certainement mieux que vous-mêmes et qu'ils vous payent, aussi.  Mais sans énième copie des diplômes, et sans justificatif de service, point de concours. Bref, laissons-là les méandres des services administratifs et leurs mystères.
     
    Moi, j'ai eu un gros souci cette semaine: retrouver mes diplômes. Car, c'est là qu'est l'os. C'est fou ça. Les diplômes, c'est un truc, on les a sous la main tant qu'on n'en a pas besoin, et le jour où on pense pouvoir les oublier au fond d'un tiroir, c'est là qu'on vous les demande et qu'on réalise qu'ils ne sont plus au fond du dit-tiroir: au bout de 10 ans et de trois déménagements, et compte-tenu de mon sens de l'ordre et de l'organisation, légendaires dans la sphère de mes intimes, impossible de remettre la main dessus. Toute la semaine donc, remue-ménage dans tous les bureaux, meubles à tiroirs, cartons, dossiers et boîtes en tous genres pour remettre la main dessus. Je rassure tout le monde: je les ai enfin retrouvés... il y a une demi-heure, avec une multitude d'autres choses que je ne cherchais plus: photos et lettres de mes amis de Bristol, agenda de ma classe de Terminale. Jusque mon dossier scolaire de l'école maternelle et primaire. J'ai couru après mes diplômes, mais c'est le temps qui m'a rattrapé...
     
    *
     
    J'ai donc passé la semaine à courir après mes diplômes. Après mon blog, qui ne marchait pas. Après le train, aussi, et après le temps, pour lire, corriger mes copies, faire mon boulot, voir les collègues, manger avec mes amis et rêver un peu. Et, clou d'une semaine sur les chapeaux de roues, pour me débarrasser d'un monsieur - j'irais même jusqu'à dire 'un sacré emmerdeur' - qui, pendant 20 minutes d'attente commune d'un train qui ne venait pas, n'a rien trouver de mieux à faire que de vouloir absolument me persuader que le modèle sociétal américain était le seul modèle fiable et réaliste pour le monde d'aujourd'hui et de demain. Encore ce soir, je n'ai pas bien compris comment ce monsieur en est arrivé à me tenir ces propos, sous la pluie, sur un quai de gare. Y a pas à dire, je les attire toujours! Pourtant, depuis la dernière fois, il s'était passé un certain temps!
     
    November 23

    Citation du jour

     
    En fait, citations de lundi, sauf que lundi, le blog, il marchait pas (la faute à qui, déjà?).
     
    "T'as qu'à tremper ton bout dans ma sauce"
    "Tu veux pas croquer dans ma tour"
     
     
     
    Le bout était bien évidemment un bout de canard laqué, et la tour, une tour sculptée dans une carotte: nous mangions chinois, Greg, Nicolas et moi. Ce que vous pouvez avoir les idées mal placées, et l'esprit mal tourné, tout de même!

    Ouf!

     
    Petit billet, juste pour dire que je peux à nouveau écrire des billets sur ce blog!
     
    Enfin! Je peux écrire ce billet, après une longue semaine de frustration!
    Depuis samedi, il m'était impossible de publier et même d'enregistrer quoi que ce fût! Imaginez un peu mon désarroi, chaque fois que je voulais rédiger un billet, chaque fois que je cliquais sur "publier le billet", tel un oiseau de mauvais augure, une diabolique petite bandelette jaune m'assénait ce message: "page momentanément indisponible. Réessayez plus tard." Une semaine à se connecter, à espérer la disparition de ce message, à voir mon espoir déçu.
     
    Ben ça y est, ça remarche (et je tiens à dire à celui qui a été fourré son nez dans les sécurités de mon internet explorer qu'il y aura des représailles sanglantes). ça mérite bien le poème de dimanche dernier, tout ça!
     
    La discrétion
     
    O la plus belle des maîtresses!
    Fuyons dans nos plaisirs la lumière et le bruit;
    Ne disons point au jour les secrets de la nuit;
    Aux regards inquiets dérobons nos caresses.
     
    L’amour heureux se trahit aisément.
    Je crains pour toi les yeux d’une mère attentive;
    Je crains ce vieil Argus, au coeur de diamant,
    Dont la vertu brusque et rétive
    Ne s’adoucit qu’à prix d’argent.
     
    Durant le jour tu n’es plus mon amante.
    Si je m’offre à tes yeux, garde-toi de rougir;
    Défends à ton amour le plus léger soupir;
    Affecte un air distrait; que ta voix séduisante
    Évite de frapper mon oreille et mon coeur;
    Ne mets dans tes regards ni trouble ni langueur.
     
    Hélas! de mes conseils je me repens d’avance.
    Ma chère Éléonore, au nom de nos amours,
    N’imite pas trop bien cet air d’indifférence:
    Je dirais, "C’est un jeu "; mais je craindrais toujours.
     
    'Poésies érotiques' (1778)
     
    November 17

    Portraits de voyageurs (15)

     
    "J'ai jamais vraiment bien compris ce qu'il faisait comme boulot. J'ai jamais vraiment demandé non plus, mais pour lui, ça paraissait tellement évident... et tellement évident que je savais. Tout ce que je sais, c'est qu'un jour, comme ça, il m'a dit qu'il allait reprendre des études. Faire un bac pro en alternance, et puis pousser jusqu'au BTS, parce que son rêve, c'était un jour de devenir patron et de monter sa propre boîte. J'ai pas non plus demandé de quoi, la boîte. Et puis, après, il a ajouté que pour ça, il allait partir. Tout ce que je sais encore, c'est que lorsqu'il m'a dit qu'il allait partir ailleurs pour faire ses études, ça m'a fichu un sacré coup. Et la première chose que j'ai pensée, c'est: "Et moi, qu'est-ce que je vais devenir sans lui?" Je sais que c'est bête, que c'est égoïste, mais c'est la première chose que j'ai pensée. Alors je lui ai dit: "C'est cool!".
     
    Mais je trouvais pas ça cool du tout, qu'il parte: c'était mon pote, depuis l'école maternelle. C'est avec lui que j'ai séché les cours pour la première fois au collège, c'est avec lui que j'allais à la pêche. C'est même avec lui que j'ai fumé ma première clope. Ma première cuite, c'était aussi avec lui. On partageait tout. Même les filles des fois. Alors, m'imaginer d'un seul coup, tout seul, sans lui... Je crois qu'en fait, j'arrivais pas à réaliser.
     
    Et puis, il est parti. A Tours, la première année; et j'ai été le voir à Tours, une fois de temps en temps. L'année dernière, il est parti pour Nantes. C'était plus loin; et j'ai été le voir, à Nantes. Pour rigoler, je lui ai dit que si ça continuait, il allait faire le tour de France, comme ça. Là, il vient de s'installer à Lyon; et je suis dans le train pour Lyon. ça va faire trois mois qu'on s'est pas vus. Y a des jours comme ça où je me dis: "jusqu'où il va m'emmener comme ça?". Mais tant qu'on sera pote, lui et moi, il pourra m'emmener n'importe où."
    November 14

    Citation du jour

     
    J'ai convié cette année, mes élèves de Troisième à participer au prix des Incorruptibles. Qu'est-ce que c'est? Un prix littéraire décerné par de jeunes lecteurs: les élèves ont sept romans à lire entre le mois de novembre et le mois de mai. En mai, ils passent au vote et décernent le prix à leur livre et auteur préféré. Parmi les livres sélectionnés cette année: Entre les Lignes, d'Emmanuel Bourdier, aux Editions Thierry Magnier, que je suis en train de lire. Histoire de Résistance sur fond de campagne bérichonne... et ce petit passage:
    "Ainsi, le lendemain, Augustin partit pour l'école le ventre vide et une boule fichée dans la gorge.
    L'émotion est sphérique."
     
    C'est à la page 66.
     
    Pour en savoir plus sur les livres de littérature jeunesse sélectionnés, niveau par niveau ou sur le prix, c'est ici:
     

    Poème du dimanche

     
    L'heure exquise, Paul Verlaine.
     
    La lune blanche
    Luit dans les bois ;
    De chaque branche
    Part une voix
    Sous la ramée ...
     
    Ô bien-aimée.
     
    L'étang reflète,
    Profond miroir,
    La silhouette
    Du saule noir
    Où le vent pleure ...
     
    Rêvons, c'est l'heure.
     
    Un vaste et tendre
    Apaisement
    Semble descendre
    Du firmament
    Que l'astre irise ...
     
    C'est l'heure exquise.
    November 11

    Question de température

     
    Pour convertir les Celsius en Fahrenheit, multiplier par 1,8 et ajouter 32.
    Pour convertir des Fahrenheit, soustraire 32 et diviser par 1,8.
     
     
    Petit truc vachement utile en cette saison où température varie...
    Combien faisait-il chez vous ce matin, au réveil?
    November 05

    Poème de dimanche de rentrée

    Le remède dangereux

    O toi, qui fus mon écolière
    En musique, et même en amour,
    Viens dans mon paisible séjour
    Exercer ton talent de plaire.
    Viens voir ce qu’il m’en coûte à moi,
    Pour avoir été trop bon maître.
    Je serois mieux portant peut-être,
    Si moins assidu près de toi,
    Si moins empressé, moins fidèle,
    Et moins tendre dans mes chansons,
    J’avais ménagé des leçons
    Où mon coeur mettoit trop de zèle.
    Ah! viens du moins, viens appaiser
    Les maux que tu m’as faits, cruellé !
    Ranime ma langueur mortelle;
    Viens me plaindre, et qu’un seul baiser
    Me rende une Santé nouvelle.
    Fidèle à mon premier penchant,
    Amour, je te fais le serment
    De la perdre encore avec elle.
    'Poésies érotiques' (1778)

    November 04

    Et on respire!

     
    Je vais rarement bien en octobre et en novembre. Je ne sais pas pourquoi; les jours plus courts? la froidure et l'humide qui reviennent? le besoin de mer? En tout cas, ça ne va pas. C'est cyclique.
     
    Bon, c'est souvent la saison où j'ai un ami qui s'en va, un autre qui me fait une crasse, mon père qui m'en fait une autre, un collègue qui perd son sang froid, mon chat qui tombe malade, une copine qui se casse la jambe ou a un accident de voiture (dans la région, ils disent: "attraper un accident", je ne sais pas où ils ont été pêché ça, mais par ici, on attrape des accidents; intéressant, au niveau du concept, n'est-il pas?). A croire en plus que tous se passent le mot pour programmer tout cela en même temps, et pour faire de ma vie un enfer, pile à cette période de l'année. 
     
    Re-bon, d'ordinaire (c'est à dire, tout le restant de l'année) , quand j'ai un ami dans la peine, je ne commence pas par me dire que c'est à moi que la vie en veut et je vais lui filer un coup de main! Pour le reste, c'est une sensation qui passe. Tous les mots de trop, les mots trop forts, les mots manqués sont vite balayés (car la mémoire d'un mammouth est bien loin d'égaler celle de l'éléphant): hop! aux oubliettes. Je me dis que tous mes petits problèmes existentiels sont bien insignifiants et qu'il faut remettre les choses à leur place.
    Pas d'accident cette année, pas de grands maux autour de moi. Juste des mots. Tus, oubliés, criés, ou simplement ...dits. Et qui, jusqu'à jeudi, ne passaient pas.
     
    Mais jeudi, j'ai pris une grande respiration. Ma respiration? un cinéma d'après-midi avec Nicolas, une balade en 206 cc, un dîner entre amis, et vingt minutes de discussion en tête à tête avec Greg.
     
     
    Diogène avait son tonneau, Archimède sa baignoire, et Greg a sa 2006 cc.
    Greg, je ne pensais pas dire cela un jour: mais tu es un sage, Greg!