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January 27 Poème du dimancheAllez, à quelques semaines de mon (nouveau) voyage à Rome, un peu de mythologie pour se mettre dans l'ambiance...
Hèraklès solaireDompteur à peine né, qui tuais dans tes langes
Les Dragons de la Nuit ! Coeur-de-Lion ! Guerrier, Qui perças l'Hydre antique au souffle meurtrier Dans la livide horreur des brumes et des fanges, Et qui, sous ton oeil clair, vis jadis tournoyer Les Centaures cabrés au bord des précipices ! Le plus beau, le meilleur, l'aîné des Dieux propices ! Roi purificateur, qui faisais en marchant Jaillir sur les sommets le feu des sacrifices, Comme autant de flambeaux, d'orient au couchant ! Ton carquois d'or est vide, et l'Ombre te réclame. Salut, Gloire-de-l'Air ! Tu déchires en vain, De tes poings convulsifs d'où ruisselle la flamme, Les nuages sanglants de ton bûcher divin, Et dans un tourbillon de pourpre tu rends l'âme ! Leconte de Lisle, Poèmes antiques. January 26 ... Heureusement, à Ankh Morpork y a pas que le fleuveVoici la phrase du jour, tout droit sortie du Tome 17 des Annales du Disque Monde:
"C'est toujours vers le bas qu'on tombe, quand y a rien pour retenir en haut" La vie est le long fleuve d'Ankh MorporkLes réactions des gens sont parfois étranges. Lundi, je me suis trouvée en désaccord avec des collègues. Je vous passe le détail de notre divergence d'opinion, il n'a pas de grande importance en soi. Je rentre chez moi déçue, je me couche tôt, dors mal (évidemment) et mardi est un autre jour. Qui s'annonce sous de meilleurs auspices. Je croise mes collègues, on s'explique. Tout va bien.
Le soir, je découvre un mail d'une de mes collègues, qu'elle m'avait envoyé la veille. Et j'y réponds. Je me dis que maintenant que nous avons parlé et réglé les choses, la déception étant passée, je vais pouvoir expliquer exactement ce qui m'a peiné la veille, ce que j'ai éprouvé à ce moment-là. Et je pense: de deux choses l'une: soit elle me répond que j'ai merdé, que je me suis fait des idées et que je me suis trompée et ça permettra de remettre vraiment les choses à plat et de repartir sur de bonnes bases; soit elle me répond que oui, sans s'en rendre compte, elles ont merdé et ça permettra de remettre vraiment les choses à plat et de repartir sur de bonnes bases.
De toute façon, ça permettra de remettre vraiment les choses à plat et de repartir sur de bonnes bases...
Eh bien non! Mercredi, pas de réponse à mon mail.
Jeudi, non seulement pas de réponse à mon mail, mais pas de bonjour non plus au boulot, pas même un regard. Rien. Je n'existe plus.
Je relis donc mon mail pour voir ce qui peut provoquer cette absence de réaction. Je le fais lire à trois ou quatre amis pour leur demander ce qu'ils en pensent, connaissant la facheuse tendance qu'ont les mots à ne pas toujours entrer dans l'esprit des gens de la façon dont on a voulu les y envoyer (les mots sont très joueurs). Et ils me répondent: non, il est très bien ce mail; il n'y a rien de problématique; tu dis ce que tu as ressenti; au moins ça va permettre de poser les choses et de repartir sur de bonnes bases.
A ce moment-là, un petit personnage informe ouvrant et refermant ce qui lui sert de bouche a traversé mon esprit en postillonnant en quantité et en faisant un bruit ressemblant à :" Couikii, couikii, couikii..."
Je m'interroge.
Jusque-là, j'avais plutôt tendance à croire que dans le monde dans lequel j'évolue, ça fonctionnait plutôt sur le mode du "on se pose quand ça ne marche pas et on regarde comment on peut faire pour que ça marche" (ce qui revient à dire: "on remet vraiment les choses à plat et on repart sur de bonnes bases", mais je ne voulais pas écrire cette phrase encore une fois). Eh non. Il faut croire que je mesuis fourvoyée.
Il y a encore beaucoup de choses qui m'échappent et que je ne comprends pas encore dans la nature humaine. January 23 12:6=2Lorsque la grand-mère paternelle d'Hervé est décédée, il y a plusieurs années, elle ne possédait aucun objet de valeur. Sauf une ménagère de douze couverts en argent, douze assiettes à dessert, et douze tasses à café avec leurs douze soucoupes. Le reste du service en porcelaine avait disparu.
Au moment du partage de l'héritage, ses six enfants ont décidé de séparer le bien ainsi: chacun a récupéré deux petites cuillères, deux fourchettes, deux couteaux, deux cuillères à soupe de la ménagère en argent. Et bien sûr, deux assiettes à dessert, deux tasses à café et leurs deux soucoupes.
Lorsque mon beau-père m'a raconté le partage, j'ai trouvé cela stupide et mesquin: ils avaient préféré tout diviser par deux et tout dépareiller, plutôt que de laisser la ménagère entière à l'un ou l'une, qui aurait pu, un jour, la donner à un de ses enfants, etc... Au lieu de cela, deux petites cuillères croupissent au fond d'un tiroir, cuillères dont on ne se servira plus jamais et que l'on ne sortira qu'une fois tous les ans pour les astiquer un peu, pendant quelques années. Après, on les oubliera.
J'ai même demandé à mon beau-père pourquoi ils n'avaient pas choisi de donner les douze petites cuillères à l'un, les douze fourchettes au deuxième, les couteaux au troisième, les cuillères à soupe au quatrième, les assiettes au cinquième et les tasses à café en porcelaine au sixième. Le dépareillement aurait été un peu moins stupide et le partage tout autant équitable... Et au moins, en famille, on aurait pu ressortir une partie du service de Gilberte et penser à elle.
Mais non, ... parce qu'une fourchette est plus lourde qu'une petite cuillère et que la porcelaine n'a pas la même valeur que l'argent. Au moins, avec le partage tel qu'il fut fait, chacun avait EXACTEMENT la même chose.
Et c'est pour ça qu'après, les Normands passent pour des radins! ...
... Stupide. Oui. C'est ce que j'ai pensé. Eh bien, figurez-vous que cette semaine, une petite expérience m'a fait changer d'avis. Effectivement, je continue à penser que c'est triste d'en arriver là, mais au moins, ça a évité les ressentiments, les impressions d'avoir été lésé, et les rapports entre ces six frères et soeurs ne se sont pas dégradés pour des petites cuillères.
Je crois qu'il est peut-être temps que je songe à récupérer ma part de petites cuillères. January 20 Portraits de voyageurs (27-2)Ca fait plusieurs semaines que je ne les ai pas vus.
Elle, assise. Elle l'attend. Et pourtant, quand il entre dans la voiture, son regard se ferme. Elle détourne la tête. Il passe sans la regarder. Je pense: ils ne veulent pas se voir. Il va s'asseoir plus loin. Après la froideur, dans son regard à elle, je lis une grande détresse. Qu'a-t-il pu se passer depuis la dernière fois, pour qu'ils ne se parlent plus? Poème du dimancheLa fontaine de sangIl me semble parfois que mon sang coule à flots,
Ainsi qu'une fontaine aux rythmiques sanglots. Je l'entends bien qui coule avec un long murmure, Mais je me tâte en vain pour trouver la blessure. A travers la cité, comme dans un champ clos, Il s'en va, transformant les pavés en îlots, Désaltérant la soif de chaque créature, Et partout colorant en rouge la nature. J'ai demandé souvent à des vins captieux D'endormir pour un jour la terreur qui me mine ; Le vin rend l'oeil plus clair et l'oreille plus fine ! J'ai cherché dans l'amour un sommeil oublieux ; Mais l'amour n'est pour moi qu'un matelas d'aiguilles Fait pour donner à boire à ces cruelles filles ! Charles Baudelaire, in Les Fleurs du Mal. January 13 Parlez-vous Orange? Lu dans le Canard enchaîné.
Parlure d'Orange Salariés d'Orange-France Telecom, cessez de vous réunir ou de vous rencontrer. C'est tellement vulgaire... Désormais, vous devez pratiquer le “rencontring”. Comme le préconise en (presque) français dans le texte” Connect operations “, la revue interne d'Orange (n° 5, décembre 2007): “Quand un conseiller clients du back (sic) rencontre un responsable de département, quand un soutien métier rencontre un agent des moyens généraux, quand un gestionnaire de flux rencontre une conseillère du front, on est en plein "rencontring". Né de la réflexion menée sur le chantier des valeurs du groupe, au sein du CCO Châtillon, ce nouveau concept a rempli toutes ses promesses dès sa 1ère édition de novembre. Sur le principe original du "speed dating", les salariés de tous horizons disposent de 7 minutes pour se présenter, évoquer leurs métiers mais aussi proposer leur aide. Coup de cloche et 4 nouveaux binômes se créent pour une nouvelle rencontre. Le maître de cérémonie veille à ce que la valse du rencontring soit harmonieuse et les remontées sur des fiches nombreuses. Une recette simple et rapide pour que chacun se connaisse mieux et devienne acteur du changement. Le rencontring s'ouvre à tous et partout.” Longue vie au jargoning! Rions un peu... finalement, pas tant que ça! Poème du dimancheJe t'ai écrit au clair de luneJe t'ai écrit au clair de luneSur la petite table ovale, D'une écriture toute pâle, Mots tremblés, à peine irisés Et qui dessinent des baisers. Car je veux pour toi des baisers Muets comme l'ombre et légers Et qu'il y ait le clair de lune Et le bruit des branches penchées Sur cette page détachée. Cécile Sauvage, Primevère. January 06 Petit périple parisienAu début, ça devait être un petit périple à Liverpool. Et puis non... Alors, pour se consoler, on s'est dit: "Tiens, si on allait à Paris se faire quelques petites expos?" L'expo Courbet nous tentait, la BNF ouvrait les portes de son Enfer et la SNCF investissait la toute nouvellement restaurée nef du Grand Palais (et vous connaissez maintenant mon amour des trains!). Trois bonnes raisons, donc, de faire l'aller-retour chez nous-Paris (en train, bien entendu!) pour profiter de tout cela.
Timing aux petits oignons: départ 7h40 ; arrivée deux heures plus tard. Météo clémente, entrée pour l'expo Courbet réservée pour 12h: deux bonnes raisons, pour flaner un peu de l'un à l'autre. Nos pieds nous mènent à l'île Saint Louis pour prendre un petit déjeuner. Puis au jardin des Tuileries. Et enfin, devant les toiles de Courbet ....Enfin, quand on pouvait, parce que certains -bien trop nombreux, hélas!-, s'ils avaient pu coller leur nez à la toile sans déclencher l'alarme, ils l'auraient fait! Et nous voilà obligés de jouer des coudes, de se planter ferme dans le sol pour ne pas tomber face aux coups, aux bousculades. De se contorsionner pour appréhender, l'espace de quelques secondes, les autoportraits du peintre, tous rassemblés dans une salle trop petite pour à la fois les contenir tous et drainer le flot des spectateurs affamés. Beaucoup moins de monde devant les scène de chasse. Et étonnamment, devant l'Origine du Monde que nous avons pu admirer à loisir. La France deviendrait-elle excessivement prude? Enfin, malgré la cohue, c'était un très bon moment... suivi d'un autre, à quelques mètres, l'expo sur l'art en Gare qui était très sympa aussi. Nos pas nous ont ensuite conduit (et le métro aussi, parce qu'on commençait à fatiguer un peu) à Saint Germain où nous avons mangé dans un restaurant italien, avant de nous rendre à la BNF. Là, pour accéder à l'expo sur l'Enfer, ça l'était, justement, l'enfer! Une queue impressionnante, lorsque nous sommes arrivés. Certains se sont découragés, ce qui nous a permis de rentrer dans l'expo au bout de 45 minutes, l'impatience au bord des lèvres, nous attendant à découvrir des trésors cachés, témoins des plus grandes débauches passées et présentes. Eh bien, comment dire... Beaucoup de bruit pour rien. Pas un seul document d'après 1945, à croire que la France d'aujourd'hui à retrouver de bonnes moeurs. Et en dehors d'un film porno de 1931, qui captivait les foules, peu de découvertes. Des estampes japonaises, Sade, Apollinaire, Aragon, Louÿs, Quelques trop rares amulettes romaines. Très sélective ouverture de l'Enfer, et très classique. Quant aux pages ouvertes des oeuvres en question... les premières pages, ou les dernières (on est bien avancés avec ça!) ou quelques extraits insignifiants. De quoi ne pas choquer la morale pour deux sous; elle est sauve. Oui, définitivement, la France redevient pudibonde! Et c'est sur ce constat déçu que nous avons regagné la gare d'Austerlitz, en concluant qu'aujourd'hui, plus que jamais, l'Enfer est pavé de bonnes intentions! |
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