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    January 31

    Au jour le jour (5)

     
    Je vous entends déjà trépigner d'impatience: "C'est bien gentil tout ça, mais tu ne nous as pas dit comment ça s'est passé pour toi. Allez, raconte!". Franchement ce furent deux jours de grand bonheur. Il y avait longtemps que je ne m'étais pas autant amusée. Ne vous méprenez pas: je sais que je n'irai pas plus loin dans l'aventure  cette année. J'ai vraiment été mauvaise en composition de didactique: le sujet portait (acrrochez-vous, c'est du lourd!) sur les formes et les enjeux de la représentation du temps dans deux extraits du Ravissement de Lol V Stein et deux extraits du Vice-Consul de Mag Du. Vous pouvez utiliser toutes les métaphores nautiques que vous connaissez réunies pour comprendre mon état durant l'épreuve. Je crois que j'ai commencé à entr'apercevoir la problématique du sujet... au bout de six heures... sur les sept que dure au total l'épreuve. Pas besoin de préciser que c'était un peu tard - Non, pas besoin. Mais ce n'est pas grave; c'était vraiment intéressant et sympathique de plancher sur les textes de Marguerite. Quant au Grec, ce matin, un vrai pied (c'est bien la première fois!). 41 vers de la Paix, d'Aristophane. 4 heures. Avec ma connaissance approximative de la grammaire et du vocabulaire, c'était vraiment juste, juste. Pas de place pour les hésitations, pour la panique ou une toute petite baisse de régime. Le Grec est loin d'être mon point fort, alors, je ne me fais aucune illusion et compte-tenu de la médiocrité de ma "prestation" d'hier (si l'on peut appeler ça une prestation), il me faudrait au moins un 18 en grec pour compenser!
    Mais c'est pas grave. C'était une vraie riche et belle expérience. 
    Surtout après deux rendez-vous manqués avec l'agreg externe, il y a quelques années.
    Au delà du soulagement, je suis vraiment contente (et même un petit peu fière) d'y être allée. Et ça me donne vraiment envie de remettre ça l'année prochaine!
     
    Maintenant, ce sont une vingtaine de copies de brevet blanc qui m'attendent! Et ça aussi, ça redonne un petit côté surréaliste aux jours qui viennent de s'écouler!
     
    Merci de votre soutien.

    Au jour le jour (4)

     
    Ça y est, c'est passé. Fini. Bouclé. Terminé.
    Je vous entends déjà: "Alors, ça s'est passé comment? - Ben, bien. -Quoi! C'est tout? -Ben, oui, c'était bien. Pas ma "prestation" (si on peut appeler ça une prestation...). Un peu surréaliste, surtout hier. Hier, jour de la première épreuve. Jour de la première attente, dans l'escalier, au troisième étage d'un vieux bâtiment (osons le mot:) tout pourri, devant une porte toute pourrie qui reste définitivement close. Le tout au milieu d'une demi-douzaine de candidats plus silencieux les uns que les autres, aux visages marqués avec plus ou moins d'intensité par l'anxiété et le manque de sommeil. Que le temps est long, dans le silence! C'est là que l'on voit ceux qui viennent en freelance et ceux qui sont là "pour de vrai". ça se reconnaît à la crispation du visage, à la manière de regarder -ou non- ses pieds, à éviter le contact avec le voisin, qui soudain devient un concurrent potentiel; ça transparaît jusque dans l'habillement ou la forme du cartable. Au bout de 10 minutes silencieuses, enfin, j'échangeai un sourire avec un des rares collègues venus avec la même décontraction que moi.
    Une fois la porte ouverte, quelques minutes d'un beau merdier: j'étais convoquée en salle 34. Mais en salle 34, au bout de 5 minutes d'exploration minutieuse de toutes les petites étiquettes, il fallut se rendre à l'évidence (et surtout, pointer du doigt cette évidence devant une surveillante de salle qui ne comprenait pas grand chose): mon patronyme n'apparaissait sur aucun petit carton. Pas plus que les patronymes d'autres lettres classiques. C'est qu'en fait, le numéro de la salle était faux, et en fait de salle 34, c'est en salle 33 que les 11 candidats de lettres classiques allaient concourir. Comment décrire la salle 33? Et bien, à la ressemblance de l'escalier: toute pourrie. Peinture anciennement verte écaillée de partout. Et ridiculement petite: imaginez 11 tables individuelles réparties dans une pièce qui faisait au maximum 6 mètres sur 4. (et dont un bon quart était occupé par un bureau). Décidément, ça ne changera jamais: les lettres classiques sont considérés comme la cinquième roue du carrosse. Bref, dès que l'un de nous sortait  pour satisfaire un besoin naturel, il renversait fatalement, qui un paquets de feuilles non utilisées, qui une trousse, qui une convocation. Quant à l'insonorisation de la pièce, il s'en est fallu de peu que l'on entende la chasse d'eau des toilettes, en face de notre salle.
    Je vous l'avais dit: question ambiance, surréaliste!
    January 21

    Au jour le jour (3)

     
    C'est étrange. Pourquoi c'est devenu soudain si important?
    Je me suis préoccupée du concours quand j'ai acheté les livres et pendant les grandes vacances.
    Et puis, je me suis laissée déborder. J'ai constamment sciemment remis "à plus tard". Après mes copies, mes séquences, les concertations avec les collègues, les projets... Tout, plutôt que de m'y mettre.
     
    Ca fait un mois que je me sens concernée. Je veux dire vraiment concernée. Motivée, avec l'envie d'étudier. Un mois que c'est devenu concret, palpable, et pas juste une idée en l'air, lancée, comme ça, un peu pour rire.
    Un tout petit mois. Mais en un mois, et même si ma capacité de travail de ces dernières semaines arrive même à m'impressionner, comment rattraper le travail de six?
    Avouons-le, je n'avais pas envie. De m'y mettre.
    Je viens de retrouver cette envie-là; de me confronter aux textes, de réapprendre, pour moi.
    Et là, je travaille plus dans la perspective d'y aller pour de vrai, l'an prochain. Je viens de comprendre.

    Poème du jour

     

    De la naissance de Monseigneur le Daulphin

    Quand Neptunus puissant Dieu de la Mer
    Cessa d'armer Carraques, et Gallées,
    Les Gallicans bien le deurent aymer,
    Et reclamer ses grands undes sallées,
    Car il voulut en ces basses vallées,
    Rendre la Mer de la Gaule haultaine
    Calme, et paisible, ainsi qu'une fontaine:
    Et pour oster Mathelotz de souffrance,
    Faire nager en ceste eaue claire et saine
    Le beau Daulphin tant desiré en France.
     
    Nymphes des boys, pour son nom sublimer,
    Et estimer, sur la Mer sont allées:
    Si furent lors, comme on peult presumer,
    Sans escumer les vagues ravallées:
    Car les fortz Ventz eurent gorges hallées,
    Et ne souffloient, si non à doulce alaine:
    Dont Mariniers vogoient en la Mer plaine
    Sans craindre en rien des oraiges l'oultrance,
    Bien prevoyans la Paix, que leur ameine
    Le Beau Daulphin tant desiré en France.
     
    Monstres marins veit on lors assommer,
    Et consommer tempestes devallées,
    Si que les Nefz sans crainte d'abismer
    Nageoient en Mer à voilles avallées.
    Les grans poissons faisoient saulx, et hullées:
    Et les petis d'une voix fort sereine
    Doulcettement avecques la Sereine
    Chantoient au jour de sa noble naissance,
    Bien soit venu en la Mer souveraine
    Le beau Daulphin tant désiré en France.
     
    Envoy
    Prince Marin fuiant oeuvre villaine,
    Je te supply garde que la Balaine
    Au Celerin plus ne fasse nuisance,
    Affin qu'on ayme en ceste Mer mondaine
    Le beau Daulphin tant desiré en France.
    January 19

    Au jour le jour (2)

     
    L'impression, parfois, comme aujourd'hui, qu'il reste trop à faire et que je ne vais jamais y arriver...
    January 14

    Au jour le jour

     
    Très peu de temps pour écrire en ce moment sur ce blog, pour cause de préparation de concours.
    Peu de temps pour observer les autres et imaginer ce qui les occupe, les trouble, les inquiète, les font avancer.
     
    En revanche, je suis devenue imbattable, question rime senée, battelée, équivoquée, couronnée, brisée sans oublier la rime concaténée, et la rime pour l'oeil (très important, la rime pour l'oeil)... si vous avez besoin!  
    January 10

    Triste nouvelle

     
    Grande tristesse: J.-P. Vernant est mort hier, 9 janvier.
     
    Sa parole résonne encore, entre autres, dans cet entretien:
     
    January 09

    Portrait de voyageur (18)

     
    "C'est pas vrai! Pas encore eux! Je suis vraiment maudit: en ce moment, c'est tous les jours qu'ils montent dans la même voiture que moi! Ils pourraient pas aller dans l'autre! Je ne serais pas obligés de les regarder se bisouiller sans arrêt! Je ne comprends vraiment pas ce qu'elle lui trouve. A part que Madame sort  avec un "Terminale". Il s'appelle comment, déjà?... Matthieu?... Un "Terminale", comme si ça changeait quelque chose! Et alors, moi aussi, un jour, je serai "en Terminale". Pas plus tard que l'année prochaine, même!
     
    Et c'est reparti: ils recommencent à se faire des bisous! Ils se sont installés à une des tables centrales, pour que tout le monde les voie bien. Et moi le premier. Mais je ne vais pas changer de place, je ne vais pas lui faire ce plaisir. Elle serait trop contente. On y a droit dans la cour, au self, devant le bahut, au café, sur le quai, le matin, le soir... Maintenant, dans le train. Je suis sûr qu'elle le fait exprès, de s'afficher comme ça avec lui. Juste pour m'énerver, pour se venger parce que, quand on était ensemble, je l'ai plaquée deux fois. Mais qu'est-ce que tu crois, ma pauvre, que ça va me faire mal? Si tu savais comme je m'en moque de toi et de ton nouveau copain qui est "en Terminale"!
     
    Bon, c'est vrai. Je l'ai laissée tombée trois fois pendant qu'on est sorti ensemble. Pas vraiment plaquée d'ailleurs, puisque je la reprenais au bout d'une semaine - deux maximum (et ça n'est arrivé qu'une seule fois). C'était juste quand j'en avais marre, qu'on se voyait trop souvent, que j'avais davantage envie de voir mes potes. Je prenais du champ, c'est tout. Bon, c'est vrai, je suis même sorti avec une ou deux filles pendant ces petites "pauses". Mais c'était juste comme ça, pour passer la soirée. Et puis, je finissais toujours par revenir vers elle. C'est bizarre, tout de même: quand j'étais avec elle, je finissais toujours par la trouver envahissante, et au bout d'une semaine sans elle, je ne pensais plus qu'à elle et elle finissait toujours par me manquer. 
     
    Malgré les engueulades,et les quatre fois où je l'ai un peu laissée de côté, on est sorti un an ensemble. Ce n'est pas rien, un an, ça compte... Non?
     *
    Et puis, il y a deux mois, comme ça, d'un coup, elle m'annonce que c'est fini, qu'elle ne veut plus de moi. Elle a pris sa petite voix pour me dire ça. Qu'elle avait rencontré l'autre, là, qui est "en Terminale". Moi, pour l'emmerder, je lui ai dit que je m'en fichais, que j'avais aussi rencontré une fille chouette, mieux qu'elle. Elle m'a juste dit: " C'est bien, ça nous permettra de rester en bons termes." Puis elle est partie.
     
    Au début, j'ai cru qu'elle faisait ça juste pour me faire mal, pour se venger; ça aurait été de bonne guerre: je l'ai plaquée cinq fois, en tout. Mais non, ça fait deux mois qu'ils sont collés l'un à l'autre. Heureusement qu'ils ne sont pas dans la même classe. Là, ce serait la fin de tout!
     
    Je déteste les voir ensemble! ça me ronge de l'intérieur. Il y a un mois, ça m'a tellement agacé que je me suis un peu moqué d'eux, devant elle. Elle est montée dans les tours tout de suite, quelque chose de méchant. Moi aussi. Je crois que c'est ce que j'attendais en fait, lui faire perdre le contrôle, pour pouvoir déverser toute ma colère et toute ma rage. Le soir, j'ai été voir sur son blog comment elle allait déformer l'incident. Je ne l'aurais pas ratée, le lendemain. Rien. Ni ce jour-là, ni les suivants (je le sais, je visite son espace tous les deux jours environ pour voir si elle parle de moi; je garde un peu le contact avec sa vie, de cette façon). Des photos de son nouveau chéri, ça il y en a, à la pelle. Mais de moi, rien. Elle a tout enlevé: toutes les photos. Elle a même supprimé tous les commentaires sympas que j'avais laissés sur son blog quand on était ensemble.
    Bref, depuis ce jour-là, elle ne me parle plus. Elle ne me regarde même plus. Elle m'a effacé de sa vie.
    Et de lui avoir hurlé dessus, ça ne m'a même pas soulagé.
     
    Au début, quand j'allais sur son blog, c'était pour vérifier qu'elle ne disait pas de mal de moi (je le lui aurais fait payer très cher). Maintenant, je crois que je donnerais n'importe quoi pour qu'elle y parle de moi, rien qu'une fois, même en mal."
    January 06

    Mes voeux pour 2007

    Kaléidoscope

    Paul Verlaine

    À Germain Nouveau.

    Dans une rue, au cœur d’une ville de rêve,
    Ce sera comme quand on a déjà vécu :
    Un instant à la fois très vague et très aigu...
    Ô ce soleil parmi la brume qui se lève !

    Ô ce cri sur la mer, cette voix dans les bois !
    Ce sera comme quand on ignore des causes ;
    Un lent réveil après bien des métempsycoses :
    Les choses seront plus les mêmes qu’autrefois

    Dans cette rue, au coeur de la ville magique
    Où des orgues moudront des gigues dans les soirs,
    Où les cafés auront des chats sur les dressoirs,
    Et que traverseront des bandes de musique.

    Ce sera si fatal qu’on en croira mourir :
    Des larmes ruisselant douces le long des joues,
    Des rires sanglotés dans le fracas des roues,
    Des invocations à la mort de venir,

    Des mots anciens comme un bouquet de fleurs fanées !
    Les bruits aigres des bals publics arriveront,
    Et des veuves avec du cuivre après leur front,
    Paysannes, fendront la foule des traînées

    Qui flânent là, causant avec d’affreux moutards
    Et des vieux sans sourcils que la dartre enfarine,
    Cependant qu’à deux pas, dans des senteurs d’urine,
    Quelque fête publique enverra des pétards.

    Ce sera comme quand on rêve et qu’on s’éveille,
    Et que l’on se rendort et que l’on rêve encor
    De la même féerie et du même décor,
    L’été, dans l’herbe.